09.02.2010

Grave love

-         « J’ai rencontré quelqu’un. »

-         « Encore ? »

-         « Oh, arrête un peu ! »

-         « Je plaisante. Je suis heureux pour toi. »

-         « Ben oui. D’autant que cette fois, c’est du sérieux… »

-         « Ha ? »

-         « Oui. On a 89%. »

-         « 89% ? »

-         « Ben oui… 89% d’affinités. »

-         « Ha. C’est pas mal. Mais comment t’as établi ça ? »

-         « Ben c’est pas moi qui établit, c’est le logarithme qui analyse toutes nos données personnelles. »

-         « Le logarithme ? »

-         « Ben oui… tu comprends pas ? »

-         « Disons plutôt que j’ai peur de comprendre… »

-         « 89 pour cent c’est très rare ! »

-         « Je n’en doute pas. C’est sur Meetic ? »

-         « Mais non ! Ca c’est un truc de baise ! Là c’est beaucoup plus sérieux ! C’est « pourlavie.com ». »

-         « Tout un programme. »

-         « Ben c’est pas plus con que d’attendre le coup de foudre en boite de nuit… »

-         « Certes non. »

-         « Ben alors ? »

-         « Alors quoi ? »

-         « Ben pourquoi tu fais ta tête d’ahuri pincé, genre « je dis rien mais j’en pense pas moins »...?? »

-         « Disons que je me demandais si, par sécurité, tu avais envoyé un SMS au 3622 pour vérifier votre compatibilité érotico-amoureuse ? »

-         « Oh ! T’es vraiment con ! Ca n’a rien à voir… là c’est scientifique ! »

-         « Ha. »

-         « Et toi sinon ? »

-         « Moi quoi ? »

-         « Ben, toujours seul ? »

-         « Le fait que je subisse cette conversation n’est-il pas une réponse à ta question?"

-         « Ha ben sympa ! »

-         « Je plaisante. »

-         « Mouais… tu plaisantes beaucoup aujourd’hui ! »

-         « Que veux tu, je suis une bonne nature. »

-         « En tout cas, je suis super contente. »

-         « C’est l’essentiel. »

-         « Oui. »

-         « En plus, ça va te faire faire des économies. »

-         « Comment ça ? »

-         « Ben c’est payant ton truc non ? »

-         « Ha oui. Bah, de toute façon, j’ai un abonnement d’un an… »

-         « T’as pas résilié ? »

-         « Non, je laisse courir. C’est marrant… »

-         « Sans doute. Et puis des fois qu’il y ait un 90%... »

Communication

365 amis sur Facebook, 85 contacts MSN, 27 supers potes retrouvés via Copains d’avant, 19 « coups de cœur » sur Meetic, Frédéric regardait la télévision en mangeant des chips au vinaigre.

C’était le soir de son anniversaire.

08.02.2010

Un dimanche

Ivry. Nous sortions de l’église. Combien étions-nous ? Vingt. Vingt-cinq peut-être… Une famille martiniquaise, une autre portugaise, une dizaine de vieillards, et nous deux.

Le ciel exprimait l’indifférence et l’ennui douçâtre d’une fin de printemps. Dans nos bouches, la sublime transsubstantiation, qui aurait dû faire de nous d’indomptables guerriers de la foi et de l’amour, n’avait que le goût amer du vieux carton humide. La plupart des paroles ânonnées par un prêtre pressé de rejoindre son groupe de réflexion sur l’accueil des migrants avaient insensiblement glissé sur nos carapaces de modernes et certains paroissiens avaient même regardé à plusieurs reprises leur montre, redoutant la fermeture de la boulangerie et de la boucherie halal.

Nous descendions maintenant l’escalier qui mène à la place de la mairie encombrée de terrasses aux parasols multicolores et aux tables rouillées occupées par une foule maghrébine bruyante et rigolarde, partageant café et thé à la menthe.

Quand notre petite troupe poussive et claudicante traversa l’alignement de chaises et de guéridons, le silence se fît. Des dizaines de regards, étonnés ou narquois, offraient une glaçante haie d’honneur à notre triste procession. Avides, ils contemplaient les vestiges chancelants du monde aux trois quarts trépassé qu’ils étaient venus remplacer.

Et nous de nous prendre fiévreusement par la main pour nous sentir encore un peu vivants.

 

03.02.2010

Tupperware

Depuis la Rome antique, toutes les sociétés finissantes, épuisées et lassées d’elles mêmes, ont connu une hypertrophie de la sexualité, ou tout du moins de sa caricature boursouflée, comme ultime tentative infirme contre l’ennui.

Ainsi, quel plus parfait résumé de notre temps crépusculaire que ces réunions ricanantes et pouffantes de femmes de tous âges, le rouge aux pommettes d’excitation nerveuse, autour de la présentation et de l’achat de « sex-toys »( ça fait plus chic que godemichets…) divers et variés ?

 

Tout y est : infantilisme, consumérisme phagocytant tous les domaines du vivant et de l’intime, érotisme de la performance et de la quantité, jouissance triste et solitaire, exhibitionnisme et infinis discours exégétiques enrobant le misérable ou l’insignifiant.

01.02.2010

Garde partagée

 

Face à face, ils mastiquaient silencieusement depuis de longues minutes.

Leurs regards n’abandonnaient la contemplation des aliments que pour de brèves scrutations panoramiques qui ressemblaient à des appels au secours. Entre deux bouchées, l’un jouait du bout du doigt avec les miettes répandues sur la nappe autour de l’assiette tandis que l’autre martyrisait le textile de sa serviette à carreaux.

A leur vue, on se surprenait à fouiller dans ses poches afin de leur faire l’aumône d’un sujet de conversation.

L’absence de toute parole semblait également mettre fort mal à l’aise le garçon qui les harcelait de questions concernant la qualité de leur repas, comme pour secouer maladroitement la léthargie aphone de ces deux pantins mécaniques qui mâchouillaient sans trêve pour s’abstenir de bailler.

De temps à autre, l’un des deux ouvrait un peu plus largement la bouche, comme pour émettre un son, mais les paroles semblaient trop épuisées pour franchir l’obstacle de la gorge et la tentative se muait alors en une grimace grotesque.

 

Au moment de l’addition pourtant, l’irruption du cinéma parlant :

 

-         « Et sinon, au lycée ?» questionne l’ombre la plus âgée.

-         « Ca va. Rien de spécial papa. » répond l’ombre cadette.

 

Et de s’embrasser en se disant à dans 15 jours.

28.01.2010

Malgré tout, plus belle chanson du monde

 

 

Tête de mort

 

 

In memoriam

Bien que cela fasse ricaner avec dédain la plupart de mes 2 ou 3 amis, c'est tout de même le chanteur que j'ai le plus écouté dans  ma vie qui vient de disparaître...

 

 

 

 

 

26.01.2010

Rendez-vous

Sur la table, un petit bouquet de fleurs des champs, un de ces modestes bouquets à 15 euros que la marchande vous vend en tordant le nez, d’un air de dire « Ben dis donc, encore un qui ne se foule pas… ».

La main posée sur les tiges du bouquet, un homme entre deux âges, légèrement dégarni, qui feint de réajuster les manches de sa veste pour regarder sa montre.

Son costume bien coupé mais suranné exhale une aisance lointaine, perdue quelque part entre un divorce et de mauvais placements boursiers.

Il attend sans nervosité excessive, comme un homme habitué à ce que ses rendez-vous soient en retard. Il est vrai qu’il n’est pas très beau.

 

Bientôt, une jeune femme grassouillette vient s’asseoir en face de lui. Elle remercie du bout des lèvres pour le bouquet qu’elle dépose sur une chaise vide, à côté de ses divers sacs de courses.

Elle souffle, est très fatiguée, s’agite, consulte son téléphone portable, envoie un sms, s’étire, se mouche, s’exclame qu’elle n’en peut vraiment plus de cette ville, ôte sa chaussure droite pour se gratter la plante du pied, souffle encore, passe la main dans ses cheveux, fouille dans son sac, apostrophe le garçon pour lui commander un kir royal, se frotte l’épaule, se plaint du poids de son sac à main, éternue avant de se moucher à nouveau…

Lui ne dit rien. Il la couve d’un regard humide, presque bredouillant d’affection.

Il doit l’aimer sans doute. Ou vouloir l’aimer, ce qui revient à peu près au même.

Elle continue à pérorer, haussant la voix pour tenter de capter l’attention des tables voisines au moment d’entamer le récit épique de sa journée de soldes.

Elle a quinze ans de moins que lui. 15 ans qui font sans doute oublier les chaires déjà tombantes, la vulgarité bruyante, les mèches décolorées façon femme de ménage années 80…  Une jeunesse lourdaude, adipeuse, prématurément usée, mélange de sueur et de bêtise, mais une jeunesse quand même.

Même le démon de midi à sa troisième classe.

Alors il sourit.

Et quand elle se lève en déclarant qu’elle préfère « aller dans un endroit plus sympa », il sourit encore et la suit à petits pas pressés, avec l’air réjoui d’un caniche qu’on mène en promenade.

 

Théorie de la relativité

Ils se rencontrent, se plaisent, baisent ensemble.

Elle tombe enceinte, ils se marient.

Ils vont tous les dimanches à la messe en latin, rite extraordinaire tridentin, prêtre couvert de fil d’or dos à l’assistance et chants grégoriens à fond les ballons.

Ce sont de bons catholiques, des tradis porteurs des valeurs éternelles de la France.

 

 

Ils se rencontrent, se plaisent, baisent ensemble.

Elle tombe enceinte, ils se marient.

Ils vont une fois tous les 15 jours à la messe conciliaire de leur quartier.

Ce sont les symptômes du délitement progressiste, des victimes de la perte de repères et de la faillite d’un modèle trop tolérant envers l’époque.

 

 

Ils se rencontrent, se plaisent, baisent ensemble.

Elle tombe enceinte, ils se marient.

Ils ne vont pas à la messe.

Ce sont les tristes exemples de ces couples de petits modernes irresponsables, ne pensant qu’à l’hédonisme et se complaisant dans la jouissance immédiate et sans élévation.

 

 

 

Il arrive parfois qu’on se dise que Vatican II n’est peut-être pas le problème fondamental et unique du catholicisme.

25.01.2010

Grands boulevards

Assis à l’extrémité du comptoir, courbé en deux, l’œil plissé presque collé au papier pour compenser le manque de lumière, François griffonnait frénétiquement. Il avait depuis deux bonnes heures dépassé le seuil éthylique permettant d’espérer tirer quoi que ce soit de lisible de cette graphomanie nocturne mais continuait à noircir fébrilement des pages qu’il jetterait au matin.

La jeune fille s’assit sur le tabouret à côté du sien et, après avoir replacé ses mèches de cheveux derrière les oreilles, l’interrogea en penchant légèrement la tête sur le côté :

 

-         « T’es écrivain ? »

-         « Oui. Ecrivain raté. Comme tout le monde. »

-         « Ha… Et moi, à ton avis, je suis quoi ? »

François scruta un instant le visage impeccablement maquillé de la jeune fille et répondit :

-         « Une pute ? »

-         « Ha ben sympa ! »

-         « Ben disons que dans toute ma vie, 3 filles sont venues me parler dans un bar. Trois fois c’étaient des putes. Donc statistiquement… »

-         « Ha ben si ce sont des statistiques... Mais non, je suis comédienne. »

-         « J’étais pas tombé loin. »

-         « Comédienne ratée si tu veux. Disons que j’ai un petit rôle dans la pièce qui se joue au théâtre d’à côté. »

-         « Ha. »

-         « Tu t’en fous ? »

-         « Non, non. »

-         « Là j’attends des amis et je m’ennuie un peu… »

-         « Ha. »

-         « Tu m’offres un verre ? »

-         « Je savais bien qu’il allait falloir payer… »

-         « Pfff… je te force pas… »

-         « Non, non… tu veux quoi ? »

-         « Une suze … »

-         « Une suze ? Ca c’est cool… »

-         « Ha bon ? Pourquoi ? »

-         « Pour rien. Disons que je m’attendais à un kir pêche ou un demi/citron, une merde de ce genre… »

-         « La suze c’est mieux ? »

-         « Beaucoup. »

-         « Et toi, tu bois quoi ? »

-         « Du kir. »

-         « Je croyais que c’était nul ? »

-         « Ca l’est. »

-         « Tu viens souvent ici ? »

-         « Non c’est la première fois. Ils m’ont viré d’en face… »

-         « Ha bon pourquoi ? »

-         « Je crois que j’ai pissé sur le comptoir… »

-         « Comme un clochard ? »

-         « Non, comme Blondin. »

-         « C’est quoi la différence ? »

-         « Y’en a pas. »

-         « Tiens, mes amis arrivent… Tu te joins à nous ? »

-         « C’est gentil, mais non. »

-         « Tu préfères rester seul ? »

-         « Oui. »

22.01.2010

TFDSBEQVQCSS

Dans la très longue liste des commensaux qui vous font regretter le poisson pané/mayonnaise à l’écoute des ratiocinations de Gérard Marin sur Radio Courtoisie, on trouve le « très fort dans son boulot et qui veut que ça se sache ».

En général, le TFDSBEQVQCSS occupe un poste fabuleusement important au sein d’en entreprise en charge d’une activité parfaitement inutile dont d’ailleurs, jusqu’à l’heure de ce dîner, vous ignoriez, bienheureux, l’existence même. Cela se rapporte souvent à du « conseil », de « l’analyse » ou de « l’audit », bref du pipeau à douze trous joué par un manchot parkinsonien… Mais peu importe, le TFDSBEQVQCSS est un crack dans son domaine et pour bien vous le prouver il va passer de longues heures à se gausser des bévues et maladresses de collègues que vous n’avez bien sûr jamais croisé mais desquels vous êtes fortement invités à vous moquer tant leur inaptitude professionnelle semble susciter la joie méprisante et hilare de l’expert et de la dinde à rimmel qui le suce une fois par semaine (sans avaler, ou alors pour l’anniversaire de leur première fois, qui était la 24e de l’un et la 32e de l’autre).

 

On finit alors souvent par entendre ce genre de conclusion :

-         « Et ce con s’était tellement planté dans les plannings qu’il avait programmé la remise du bizness plan avant l’audit des comptes clefs ! »

-         « Je rêve… »

-         « Mais si, je t’assure… »

-         « C’est grave ! »

-         « Ben oui, surtout quand tu te dis que la direction avait pensé à lui pour le poste de média-planner senior ! »

-         « C’est fou, un job un 400 KE par an ! »

-         « Ben ouais, tu vois jusqu’où ça pousse le délire ! »

 

On voit en effet. On hoche donc la tête avec ferveur en se resservant un verre de Brouilly.

Obligé de boire, encore une fois.

 

21.01.2010

Ponyo macht kindern froh

Maintenant

Ce matin, lorsque la boulangère lui demanda s’il allait bien, il s’arrêta un instant pour réfléchir à la question.

François était heureux et triste.

Heureux d’être vivant, de se mouvoir dans le monde, de pouvoir lire et parler, voir ses amis, écouter de la musique, boire, contempler des êtres et parfois faire l’amour, ou du moins quelque chose qui y ressemble un peu.

Triste d’habiter une époque sans foi ni grandeur, triste de ce qu’il est et de ce que sont les autres, triste de ne sans doute pas mériter mieux que la misérable banalité qu’il apercevait tous les matins dans son miroir.

L’impeccable nullité du temps l’aveuglait tout autant qu’à 18 ans mais la tristesse n’était plus ni un obstacle ni un fardeau mais au contraire le carburant qui nourrissait ses jours, le feu qui entretenait ses combats dérisoires, ses colères impuissantes et ses vélléités indolentes.

Ca si l’on n’est pas triste de vivre ici et comme ça, autant être mort.

 

 

16.01.2010

Etrange

L’anti-christianisme de mes amis païens me laisse irrémédiablement perplexe. Toute atteinte à l’Eglise semble les réjouir au plus haut point, comme s’ils imaginaient que la disparition, déjà bien avancée, de celle-ci sonnerait le retour de l’âge des Walkyries et d’Odin triomphants.

L’incroyable avancement du pourrissement des sociétés les plus déchristianisés ne remet nullement en cause leurs tranquilles certitudes.

« L’Eglise catholique, c’est l’universalisme, le mondialisme, l’immigrationnisme, le culte de la faiblesse, la culpabilité… Qu’on nous débarrasse de ça et on verra ce qu’on verra ! »

On verra quoi ? Ou, plus exactement : on voit quoi ? Car leur monde rêvé, débarrassé des pesanteurs de l'obscurantisme émasculant du catholicisme, on peut déjà l’observer, l'apprécier tous les jours, à moins de s’auto-intoxiquer comme nos camarades gauchistes qui feignent encore de croire que nous vivons sous le règne du patriarcat et de l’ordre moral.

Donc, que voyons nous ?

A part de la merde barbouillée sur des visages hilares d’être ainsi souillés, pas grand-chose…

A moins, évidemment, de discerner le Grand Pan derrière la promotion des boites échangistes pour cadres moyens, le culte de la masculinité spartiate derrière les chars de la Gay pride, l’éternelle indépendance de la femme européenne derrière la harpie féministe, Dionysos derrière les soûlographies névrotiques des adolescents à mèches sur l’œil, le chamanisme derrière le culte du rail de coke, le triomphe du Loup derrière la figure du « trader » assommant le faible d’un coup de macintosh et le grand retour de Gaïa derrière le dernier score d’Europe-Ecologie…

 

Après tout, pourquoi pas, il y en a bien qui mettent leurs séances de sado-masochisme sur le compte d’une volonté d’imitation de la souffrance du Christ…

 

 

14.01.2010

Les soirs

Boire du champagne en regardant des filles danser, voilà à quoi il aurait volontiers limité sa vie.

Tout y était : la musique qui couvre la nullité oppressante des conversations, l’alcool léger qui enivre sans dévaster et la distance qui préserve de la fatalité du réel, donc de la déception.

Si, par hasard, l’une des graciles silhouettes s’ébrouant sur la piste venait l’inviter, il la congédiait avec humeur, la haïssant presque immédiatement d’avoir ainsi brisé une si parfaite harmonie.

 

Recomposition

-         « Tu peux repasser ma chemise ? »

-         « Pardon ? »

-         « Peux-tu repasser ma chemise s’il te plait ? »

-         « Je ne suis pas… »

-         « Ne le dis pas ! »

-         « Quoi ? »

-         « Ne le dis pas ou je te cogne dessus comme un vulgaire Bertrand Cantat !

-         « T’es malade ! »

-         « Non. Mais j’ai fait les courses en sortant du boulot, ensuite je suis allé chercher TA fille chez son pédo-psychiatre… donc si tu dis « Je ne suis pas ta bonne », je te cogne dessus, c’est tout. »

-         « J’allais pas dire ça ! »

-         « Tant mieux alors. »

-         « Mais je sais pas faire de toute façon… »

-         « Tu sais pas faire ? »

-         « Ben non. Je ne sais pas repasser les chemises. C’était optionnel comme cours à l’Essec, tu vois… »

-         « Purée, je m’étonnais… Ca faisait au moins 3 heures que tu m’avais pas parlé de l’Essec… »

-         « J’y peux rien si ça t’énerve que j’ai fait une grande école… »

-         « Une école d’épiciers en chefs, c’est vrai que c’est grand… »

-         « Ne recommence pas ! »

-         « Tu as raison, revenons à nos moutons : tu ne sais pas repasser les chemises ? »

-         « Ben non. »

-         « Mais tu sais faire quoi au fait ? »

-         « Heu... Je te rappelle que je suis quand même chef de projet dans la deuxième société de télécommunications française… »

-         « Non mais je veux dire dans la vraie vie, les trucs de gens normaux… tu sais faire quoi ? »

-         « Je sais reconnaître un con de réac quand j’en vois un… »

-         « Hé oui...belle lucidité… Dommage qu’à 33 ans, 10 kilos de trop et une fille de 5 ans, le champ des possibles se soit vachement restreint… »

-         « Sale connard. Je me tire ! »

-         « Très bien. Mais n’oublie pas ta caractérielle dépressive en bas âge… »

Cauchemar

Elle tendait son cul comme d’autres tendent la main pour recevoir l’aumône. Elle se jetait avidement sur chaque compliment, même le plus infime, sur chaque regard presque chaleureux, sur chaque effleurement et chaque sourire comme un sans-abri miséreux se jette sur les mégots abandonnés le long de son chemin.

Tout son corps réclamait l’amour, même le plus banal, même le plus bas, voir le plus vil qui soit. Chaque rendez-vous était une conquête, chaque saillie un triomphe. N’existant pas à ses propres yeux, elle pensait s’incarner en se donnant.

La nullité des étreintes, la médiocrité des amants, la lourde dégueulasserie des petits matins et la litanie infinie des mensonges qui scellaient et descellaient des liaisons toutes entières factices ne suffisaient pas à la guérir de sa seule véritable passion : être autre chose que ce qu’elle était.

 

11.01.2010

Marche Sainte Geneviève 2010

07.01.2010

Cette mosquée qui entrave ma jouissance

Bien curieuse tout de même cette idée d'islamisation de la France... Même en surveillant avec la plus grande attention, en recherchant même!, pour la bonne cause de l'information "alternative", toutes les expressions de ce terrible fléau qui menace la France éternelle, il faut bien reconnaître qu'une part non négligeable de mauvaise foi est nécessaire pour prétendre que mosquées, barbus et burqas constituent le principal danger guettant notre "identité". A moins de confondre notre identité avec la modernité occidentale, bien sûr. Dans ce cas, ça peut se discuter... Mais sinon, "l'islamisation" pernicieuse de l'esprit de nos contemporains, il faut quand même très sérieusement la fantasmér... "L'islamisation" de la vie quotidienne tout autant... L'oppression islamiste sur notre jeunesse en jeans taille basse, strings apparents et ipod greffés, plus encore...

 

Le problème est sans doute que beaucoup de gens disent "islam" quand ils pensent "immigration". C'est plus présentable.

 

Etre contre l'immigration, c'est misérable, réac et facho. Etre contre l'islam(isme), c'est progressiste, moderne et féministe.

Bertrand revient, y'a un clone qui veut te piquer ta place!

 

 

Encore mieux que les blogs!

La plateforme communautaire mondiale des personnes mariées.

http://www.gleeden.com/index.php

 

Faire des projets

-         « J’aimerai aller à New-York cet été. »

-         « Ha bon ? »

-         « Oui. »

-         « Pour quoi faire ? »

-         « Ben pour voir… »

-         « Pour voir quoi ? »

-         « Ben New York... les monuments... les musées… »

-         « Tu vis à Paris depuis 5 ans sans être allée une seule fois au Louvre et tu veux voir les musées de New York ? »

-         « Ca n’a rien à voir ! »

-         « Ha. »

-         « Sinon, y’a la Martinique… »

-         « La Martinique ? »

-         « Oui. »

-         « Pour quoi faire ? »

-         « Ben rien justement. »

-         « Ha ? »

-         « Oui. Se reposer, bronzer, se détendre… »

-         « Tu es tendue ? »

-         « Ben quand même ! Mon boulot, la vie urbaine, les soucis… »

-         « Tu as des soucis ? »

-         « Ben comme tout le monde ! »

-         « Ha... et la Martinique c’est bon contre les soucis ? »

-         « Grave. Tu fais le vide… »

-         « Ha oui. Tu penses moins intensément que le reste de l’année… »

-         « Tu te moques ? »

-         « Pas le moins du monde… »

-         « Et tu proposes quoi, toi ? »

-         « Je pensais à Rome. »

-         « Tu plaisantes ? On l’a déjà fait ! »

-         « On y a passé un week-end… »

-         « C’est bien ce que je dis ! Quoi d’autre ? »

-         « Prague… »

-         « Prague ? Mais c’est une destination d’hiver ça ! »

-         « Ha ? »

-         « Ben oui ! C’est comme Moscou. »

-         « D’accord. »

-         « Et sinon ? »

-         « Sinon, rester ici. »

-         « Rester ici ? Comme si on était au chômage et sans le sou ? »

-         « Ou comme si on voulait rester ici… »

-         « Tu voudrais sérieusement qu’on ne fasse rien cet été ? »

-         « Pas forcément rien, mais ici. »

-         « Si c’est une question d’argent, j’ai plain de « Miles » – mon ex adorait voyager – et une vieille copine qui bosse dans une agence… »

-         « C’est pas une question d’argent. »

-         « Ben alors ? »

-         « Alors rien. »

-         « Bon, donc je nous inscris à bonsplanspaschers.com ? »

-         « Si tu veux. »

-         « Ben non pas si je veux ! J’aimerais que tu t’investisses un peu dans notre projet ! »

-         « Quel projet ? »

-         « Ben notre projet de vacances… »

-         « Ha… D’accord. J’achèterai un guide. »

-         « Un guide ? »

-         « Oui, pour les sorties, les visites, les excursions... tout ça. »

-         « Ha non ! Moi je veux un séjour « all included » où tu n’as à penser à rien ! »

-         « On parle de New-York ou de la Martinique là ? »

-         « Ben de la Martinique puisque tu t’en fous des musées de New-York !

-         « Heu... c’est pas tout à fait ce que… »

-         « C’est pas tout à fait quoi ? »

-         « Rien. »

-         « Bon alors c’est vendu ? Je peux dire à Nathalie qu’on part à la Martinique cet été ? »

-         « Pourquoi ? Elle part avec nous ? »

-         « Ben non ! Quelle idée ? »

-         « Mais alors… »

-         « Elle s’inquiétait juste de ce qu’on allait faire cet été… »

-         « Tu vas pouvoir la rassurer. »

-         « Exactement. »

 

 

28.12.2009

Petit ange

-         « Il est formidable non ? »

-         « Formidablement chiant oui… »

-         « Oh, arrêtes ! Tu as vu comme il est vif ? »

-         « Vivement chiant oui… »

-         « Pff… il a de la personnalité, voilà tout. »

-         « C’est une vraie purge… »

-         « Il est très bien élevé ! Tu as vu comme il t’a dit merci quand tu lui as donné son cadeau ? »

-         « Oui, c’est merveilleux qu’il ne m’ait pas craché à la gueule. »

-         « Pff… »

-         « Et pourquoi beugle-t-il maintenant ? »

-         « Il ne beugle pas, il chante ! »

-         « C’est assez pénible non ? »

-         « Il est en phase d’éveil, il faut le laisser s’exprimer ! Chapitre 4 de « Tout se joue avant 5 ans. ». Sinon, cela donne des individus complexés et introvertis… suivez mon regard… »

-         « Les complexes, au moins, c’est silencieux. »

-         « Mais qu’est-ce que tu fais ?! »

-         « Heu... ben je m’apprête à manger ma tranche de bûche… »

-         « Tu ne peux pas le faire à la cuisine ? »

-         « Pardon ? »

-         « Ben oui, là ça va le provoquer, il va en vouloir et on ne pourra plus le tenir… »

-         « Ca ne changera pas beaucoup du reste de la journée… »

-         « Non mais sérieusement, fais un peu des efforts ! »

 

 

26.12.2009

Projection

Entrer dans un magasin de luxe est une expérience ethnologiquement fort enrichissante dans la mesure où elle permet de découvrir une espèce des plus surprenantes : la « vendeuse de marques prestigieuses. »

 

A priori, rien pourtant ne la différencie de ses consoeurs du Printemps ou de chez Zarah : même salaire famélique, même odeur écoeurante et sucrée de parfum répandu trop généreusement, même démarche rapide et exagérément cambrée proche de celle de l’oie en goguette, même vocabulaire étique, et, sans doute, même plateau télé devant Docteur House et mêmes vacances bi-annuelles au club Aquarius d’Agadir.

 

Et pourtant quelle morgue ! Quelle moue dédaigneusement accablée face au pauvre hère qui n’est venu acheter qu’un « accessoire » de la glorieuse « griffe » qu’elle sert avec dévouement et passion (Si on l’écoutait, on supprimerait vite fait toutes ses « entrées de gamme » qui tirent la marque vers le bas…) ! Quelle mine douloureuse et navrée quand un indécrottable plouc laisse échapper un sifflement halluciné à l’évocation du prix d’une veste dépassant le montant du smic !

 

La disparition du sourire commercial, elle, est concomitante de la découverte de la couleur misérablement bleue de la carte de crédit. Et c’est à peine si elle ne détourne pas la tête en se pinçant le nez quand on lui annonce ne vouloir acquérir qu’une cravate ou des boutons de manchette.

 

Car à force de fourguer des articles hors de prix à des gens riches, la pintade ripolinée a finit par croire avoir mis un pied dans leur monde. Elle se confond presque avec ceux qu’elle sert avant tant d’affectation servile et qu’elle n’a même plus la dignité de secrètement haïr.

Madame Bovary du siècle de la consommation, elle rêve sa vie au travers des tickets de caisse qu’elle imprime avec ferveur et remet pieusement à ses héros.

Un peu comme ces racailles à casquettes qui se rêvent en maffieux à force de visionner Scarface en fumant du shit coupé au cirage au fond de leur chambre crasseuse du 15 étage de la tour HLM de Souverge-les-deux-sentines.

18.12.2009

Au café

Il n’eu pas immédiatement envie de lui coller de grandes claques à travers la gueule. C’était sans doute bon signe.
Il est vrai qu’elle ne minaudait pas, n’arborait pas cette moue mi excédée mi épuisée que se sent obligée d’afficher toute jeune fille à peine mieux que moche comme étendard de sa vie si péniblement trépidante de femme active, complexe, et perpétuellement confrontée au désir bestial et pressant des hommes.
Elle souriait simplement, pas pour suggérer qu’elle suçait comme une reine et que pour en profiter il allait falloir sérieusement ramer et bien se vautrer dans l’hommage crapoteusement obséquieux, l’astiquage intensif de bottines et les diverses reptations immanquablement accompagnées de force démonstrations sonnantes et trébuchantes. Non, juste un petit sourire, trop discret pour être monnayable et qui semblait autant s’adresser à la qualité du vin qu’au convive en face de lui.
Le propos était léger, les silences pas encore embarrassés, les rires non trafiqués de sous-entendus…
Il faisait plus chaud ici qu’à l’extérieur, le temps devenait indifférent, on se serait presque cru entre camarades.
Si seulement on pouvait se contenter de cela…

14.12.2009

Inertie

- "Je n'ai rien à te dire."

- "Moi non plus."

- "On reste ensemble?"

-"Bien entendu."

 

 

10.12.2009

Place d'italie

-         « Tu sais, je suis retombée par hasard sur Michel… »

-         « Par hasard ? »

-         « Oui, via facebook quoi… »

-         « Ah. »

-         « Tu vois qui c’est Michel ? »

-         « Vaguement. »

-         « Mais si ! Brun, beau gosse, passionné d’Amérique du sud… »

-         « Ha oui… Il devient quoi ? »

-         « Il vient de divorcer le pauvre. »

-         « Ah… »

-         « Oui, il m’a expliqué. Bon, tu vois, sans être méchante, sa meuf, elle était esthéticienne, pas grand chose dans le cigare quoi... donc au bout d’un moment… »

-         « Elle est devenue esthéticienne après leur mariage ? Avant elle était étudiante en philosophie antique ? »

-         « Non, pourquoi ? »

-         « Comme ça. »

-         « Maintenant il cherche carrément autre chose… »

-         « Je m’en doute. »

-         « Ben c’est vrai que la connivence intellectuelle, c’est important. »

-         « Très. »

-         « Grave… »

-         « Et lui fait quoi ? »

-         « Il travaille dans les assurances. »

 

6e marche en l'honneur de Sainte Geneviève

saintegenevive2010.jpg

09.12.2009

Fosse commune

Nouer une « relation » après 30 ans, c’est un peu comme tenter de bâtir une maison au milieu d’un cimetière. Les fondations, qui reposent sur la modeste couche de terre meule et fraîchement retournée comblant les cavités emplies de squelettes et de gaz putrides, menacent à tout instant de s’effondrer. A chaque intempérie, les cadavres affleurent sous le plancher et même si, chacun de son côté, on s’active, avec les ultimes forces que donne la peur mêlée d’hystérie, pour camoufler au mieux ses propres trépassés, il se trouve toujours un os à demi rongé pour percer sous vos pas et vous blesser la chair.

Alors, pour donner le change, on repeint 20 fois les murs de couleurs pastel, on tapisse les lits de fleurs suaves et on feint de prendre les coups de pioche du fossoyeur voisin pour les battements de son cœur renaissant.

On organise aussi des fêtes, parfois, où viennent s’agiter les bruyantes silhouettes d’autres enterrés vivants de la modernité qui cherchent à se persuader qu’ils ont vraiment choisi d’être là. Chacun contemple l’autre, attaché au bout de sa main, et défilent alors tous les visages qui l’ont précédé dans la même expression d’ennui résigné couvert d’un grand sourire triomphant.

On rit beaucoup, au milieu des sonorités électroniques et des luminosités virtuelles, et l’on se surprend, tard dans la nuit, à prendre un regard épuisé de drogue pour un appel au secours auquel il faudrait répondre pour retrouver un peu d’humanité. Mais déjà le regard s’est noyé dans un nouveau verre et votre élan boiteux se brise sur une violente envie de dégueuler.

Les ombres partent. On range, on nettoie, on ouvre les fenêtres, on brûle de l’encens… Mais ça finit toujours par puer la mort. L’odeur âcre et entêtante de la putréfaction des illusions perdues.