16.05.2008

Ode à l'amputation

  Avec celui des beaux jours, c’est aussi l’éternel retour du cauchemar tératologique des pieds nus en milieu urbain, cet infect exhibitionnisme auquel nul, à moins de rester terrer dans une sous pente dénuée de fenêtre, ne peut échapper.

Pieds plats, torves, oignoneux, rafistolés au sparadrap, peinturlurés façon femme de ménage en route pour le dancing, orteils munis de véritables griffes  légèrement rongées aux encoignures par la pourriture naissante, talons noircis de fin journée… rien ne vous sera épargné.

Egalité par la beauferie, toutes les catégories socio-professionnelles, tous les âges, tous les genres vous colleront sous le nez leurs panards ruisselant de sueur métropolitaine.

Quand y’a de la gène, y’a pas de plaisir… Et vas-y que je me tripote un peu l’objet fatigué par tant de pérégrinations citadines… Encore une ampoule offerte au Dieu Tong...

-         « T’as pas des plans contre les cors ? »

-         « Si, faut crémer trois fois par jour…. »

Suprême concours de la plouquerie déifiée.

Vivement l’hiver.

 

Chemise blanche, Coeur noir



La camaraderie des estaminets et des suites de nuits blanches passées à discourir sans fin de littérature et de destinées politiques, si chaleureuse et agréable soit-elle, comporte un élément de facilité qui ternit toujours un peu son éclat.
Par contre celle qui, lors d’une longue marche, vous attend à chaque coudée du chemin, lorsque, épuisé et souffrant, votre rythme claudiquant vous a fait perdre de vue depuis longtemps le groupe, celle qui par sa présence fraternelle et indulgente vous encourage à ne pas abandonner, celle qui, dépassant sa propre fatigue, vous propose d’alléger ou de porter votre sac, celle encore qui, le soir venu, compense votre inhabilité et votre maladresse pratique sans vous faire trop ressentir la pesanteur de vos incapacités, celle là est un nitescent joyau à la préciosité sans pareille.

09.05.2008

Prison

Au fond d'un gouffre

 

Vivait un humain

 

En haut du gouffre

 

Jappait un chien

 

 

 

Le chien était libre

 

L'homme ne l'était pas

 

Tous deux étaient ivres

 

Mais ne le savaient pas

 

 

 

L'un ivre d'immensité

 

L'autre d'enfermement

 

L'un baigné de clarté

 

L'autre de noirs tourments

 

 

 

Roi d'un monde inconnu

 

Le chien sans but gambadait

 

Esclave d'un lieu trop connu

 

L'humain ne pouvait que pleurer

 

 

 

Mais d'espoir d'évasion

 

L'homme se nourrissait

 

Quand d'ennui sans passion

 

Le chien dépérissait

 

 

 

Et le chien bientôt mort

 

Enviait l'humain enfermé

 

Capable d'agir sur son sort

 

Apte à se battre et à rêver.

 

 

 

 

Bruit de fond

C’est fou comme tous ces gens « qui n’en ont rien à foutre de la religion » ne peuvent pas s’empêcher d’en parler. Pour cracher dessus bien sûr, mais quand même.

Drolatique également, cette idée que leur petits vices et leur minables excès, si convenus, si tristement communs, si attendus, peuvent « choquer » qui que ce soit, et en premier lieu bien sûr « les cathos ».

-         « Excuse-moi si ça te choque… »

-         « Oh tu sais, 90 pour cent des gens font comme toi, donc on s’habitue… »

-         - « Ha non, non, c’est moi le rebelle, le transgressif ! La norme sociale, l’ordre, l’institution, le conformisme c’est toi hein… »

-         - « Ha ben au 19e siècle peut-être mais là…  même avec beaucoup de bonne volonté…  4 pour cent de cathos pratiquants dont une moitié d’hypocrites sociaux, ça fait difficilement une écrasante majorité imposant ses vues et ses valeurs telle une  étouffante chape de plomb sur la société… »

-         « Moi je veux baiser quand je veux, où je veux, avec qui je veux… » (Etonnante également la rapidité avec laquelle toute discussion sur la « religion » aboutit inexorablement aux histoires de capotes et d’enculeries qui semblent bien être la préoccupation fondamentale du temps.)

-         « Grand bien te fasse... même si dans ce domaine ton physique me semble un obstacle plus réel que le poids de l’église et de ses recommandations… »

-         « Très drôle… »

-         « Ben j’y peux rien si j’ai un peu de mal à discerner dans notre quotidien les stigmates de la censure ecclésiastique… »

-         « Justement, faut se méfier… Que les curés ne reviennent pas nous dire ce que l’on doit faire ! »

-         - « Oui ce serait bien inutile en effet….  D’autant qu’aujourd’hui on a les psys pour ça. C’est un peu plus cher, c’est vrai, mais ne pinaillons pas.»

-         « Ni Dieu ni Maître ! »

-         « Certes. Même si toi tu en as quand même un, de maître… »

-         « Qui ? »

-         « Ben l’Etat qui te nourrit, qui te loge, qui te paye tes joints… »

-         « Rien à voir... je fais ce que je veux… »

-         « Et tu fais quoi ? »

-         « Ben… des trucs… ce que je veux quoi… »

-         « Ha. Ok. »

Saint Malo

 

Sur l'onde tourmentée,

Folle et dérisoire brindille,

Luttait contre la marée,

Une barque gracile.

 

 

A son bord une âme hautaine

Jetée au cœur de la nuit

Par ses frères ivres de haine

Et ruisselant de jalousie.

 

 

Douée de force et de raison,

Elle prétendait commander.

Ses médiocres compagnons

Ne le lui ont pas pardonné.

 

 

Débarrassés du hobereau,

Matelots changés en capitaines,

Ont fracassé le grand vaisseau

Sur le récif des sirènes.

 

 

Et la chaloupe abandonnée

Guidée par l'amour du Très Haut

Des noires tempêtes a triomphé

Pour retrouver son doux berceau.


Constat

« Rien n’est plus désolants que ces vides du cœur, cette vie lâche et sans nerfs qui est celle de tous dans ce monde pourri et qui finit par être contagieuse […]. Le soir, quand je fais le bilan de ma journée, je suis effrayé du total que font les négligences, les tiédeurs, les paroles inutiles, les pensées vaines, les pertes de temps, les oublis de Dieu, les hésitations sur ce qu’Il commande. Les jours passent et rien d’utile ne se fait. Et pourtant chaque matin, quand je sens mon Sauveur qui s’avance vers moi, j’espère encore contre tout espoir et suis pleinement avec Lui au milieu de son cœur. Je pense que cette vie de Paris, si solitaire que l’on soit, distille un diabolique poison qui s’insinue partout, frappe de stérilité les mieux intentionnés »

Ernest PSICHARI, « Au révérend Père Clerissac », (1913), Lettres du centurion, op. cit., p. 218-219.

07.05.2008

Que faire?

J’ai eu la chance de rencontrer ou de croiser au cours de ma vie, sous une forme ou une autre, un certain nombre de gens brillants, touchant les sphères les plus hautes et les plus abouties de leurs spécialités. Universitaires de haut vol, plumes remarquables, dialecticiens nitescents, séducteurs imparables, orateurs écrasants de brio, artistes lumineux, esprits alertes et drolatiques… Sans doute ont-il chacun  joué un rôle dans la construction de mon existence, dans  l’articulation et l’évolution de ma pensée, dans l’inflexion de mon parcours et de mes jours, mais aucun d’entre eux n’a eu d’influence véritablement déterminante sur mon être, aucun n’a provoqué de transformation profonde et radicale de ma perception du monde et de mon rapport à celui-ci. Ceux qui ont réalisé le prodige (mot pesé et encore bien faible) de susciter chez moi un changement véritable, drastique et primordial (changement encore inachevé mais en marche…) sont des personnes aux qualités peut-être moins flamboyantes, moins immédiatement éclatantes (et par là, moins socialement mises en scène, ce qui en renforce encore, si besoin était, la préciosité) mais qui possèdent le diamant peut-être le  plus rare de notre époque : l’exemplarité, fruit incroyable de la cohérence intime.

En effet, c’est simplement en les regardant être, en les observant incarner une véritable différence, une réelle « alternative », non pas théorisée, affirmée, expliquée, revendiquée, élaborée, étalée ou beuglée mais simplement vécue, concrètement et charnellement, que j’ai pris conscience de l’existence d’un « possible » et ainsi rompu, définitivement peut-être malgré l’avalanche quotidienne de saletés et de saloperies qui voile parfois encore mon regard, avec le nihilisme.

 

Etendant ce constat à la sphère politique, je suis aujourd’hui tout à fait intimement persuadé qu’il n’existe aucun autre moyen de « changer les choses », aucune autre voie d’efficacité que l’exemple. Ni l’entrisme, ni l’activisme, ni le terrorisme, ni l’agit-prop, ni l’édition de revues, livres et journaux, ni l’organisation de colloques  n’auront d’autres résultats que superficiels, temporaires et circonstanciels si le discours politique n’est pas porté par des modèles toujours en quête de cohérence. Une élite de l’exemplarité.

Il faut des hommes et des femmes qui soient par eux-mêmes, par leurs humbles faits et gestes, par la modestie grandiose de leurs jours, des propositions d’une autre voie et des preuves de l’existence d’ « autre chose ».

Je peux lire les plus exceptionnelles descriptions des plus superbes messes traditionnelles ou lire les articles doctrinaux les plus profonds sur l’héritage chrétien de la France, tant que je ne rencontre pas un catholique qui, dans sa vie quotidienne, est un peu plus digne, un peu plus courageux, un peu plus généreux, un peu plus droit que l’athée ou l’agnostique moyen qui encombre les rues, le catholicisme me restera étranger.

Pareil, bien entendu, pour l’éloge de la famille, l’hagiographie de la camaraderie, l’ode au courage, à la fidélité….etc.

 

Et pour tous ceux qui, comme moi, sont très loin de pouvoir rendre le sublime cadeau reçu qu’est l’exemple, il reste le travail et de l’effort, quotidien et continu, à la fois ardu et joyeux, décourageant et enthousiasmant, immense et modeste, pour tendre à l’approcher un jour et ainsi à son tour pouvoir transmettre et donc construire.

 

06.05.2008

Tuer le temps

Satisfait et légèrement en sueur, il reposa les deux chaussures sur le morceau de papier journal qu’il avait déplié au milieu du salon puis prit un peu de recul pour contempler son œuvre. C’était parfait. La brillance était délicate et nul petit amas résiduel de cirage ne venait entacher l’impeccable uniformité du cuir.

« Vraiment admirable, personne ne brosse les chaussures aussi parfaitement que moi » murmura-t-il en s’épongeant le front d'un coin du grand mouchoir à carreaux qui avait surgi de la poche de sa veste.

« Et puis des souliers bien cirés, c’est le couronnement discret du « chic » le plus complet et ça n’échappe jamais au regard des jeunes filles. » poursuivit-il dans un sourire gourmand.

Il est vrai que François avait tout intérêt à attirer les regards sur ses chaussures plutôt que sur son visage. Non pas qu’il soit horriblement laid, ce qui peut toujours produire une sorte d’intérêt, de curiosité ou même être l’expression d’un « caractère », mais ses traits étaient agencés d’une si étrange façon qu’il ne ressemblait ni à un enfant ni à un homme mais à une sorte d’adolescent prolongé, fade et un peu ahuri, dont chaque appendice facial recelait un léger défaut (oreilles  sensiblement décollées, ébauche de double menton, implantation dentaire chaotique,  yeux excessivement enfoncés dans leurs orbites…) dont l’accumulation produisait un ensemble qui frôlait allègrement le grotesque

Bref, François avait une parfaite tête d’abruti. Ce qu’il n’était pas, bien que l’on finisse toujours, par lassitude ou amertume, par ressembler intimement à ce à quoi l’on ressemble extérieurement.

Ses véhicules de la soirée fin prêts et rutilants, que pouvait-il faire maintenant pour occuper le temps qui le séparait de l’heure de son rendez-vous ?

Lire ? Bof… Il avait déjà trop lu et cette avalanche d’ouvrages plus brillants et profonds les uns que les autres ne lui avait finalement apporté qu’un immense dégoût et un mépris sans borne pour l’époque dans laquelle il vivait et les gens qu’il y côtoyait, à commencer par lui-même.

Ecouter de la musique ne le tentait pas davantage depuis qu’il ne parvenait plus à atteindre l’état de mélancolie rageuse dans lequel il aimait jadis se repaître en se passant en boucle les chansons de variété pleurnicharde qui étaient l’un de ses nombreux vices cachés.

Boire ? Il avait promis de faire des efforts pour un peu moins picoler. Mais à qui avait-il fait cette promesse ? A lui seul, donc à pas grand-chose.

De toute façon il n’y avait personne pour le féliciter d’un effort ou le blâmer d’un manquement.

Alors juste un verre, une petite vodka pour se détendre et retarder l’accès de fièvre qu’il sentait déjà poindre au cœur de ses entrailles.

Buvant le précieux nectar à petites gorgées péniblement dégluties tout en fixant, en face de lui, l’immonde tâche noirâtre laissée sur le mur par le meurtre récent d’une mouche obèse, François laissa tranquillement passer l’heure et demie qui le conduisait au moment du départ.

En sortant de son immeuble, il pensa que, décidément, internet était un outil formidable qui, offrant l’accès à un panel pratiquement infini de paumées, de frustrées, de délaissées, de tarées, de mythomanes, d’exaltées et de perverses, permettait même à un type comme lui d’obtenir un rendez-vous quasiment toutes les semaines. Et pas que des moches ! Bien sûr, le modèle petite grosse trentenaire avec un ou deux gamins était le plus fréquent, mais l’accorte jeunesse en mal de « maturité » ou « d’expérience » n’était pas non plus totalement absente.

C’était, à sa grande satisfaction, une représentante de la seconde catégorie qu’il devait retrouver ce soir.

Il se récita mentalement la petite annonce qui avait retenu son attention :

« JF 19 ans, trop marre des mecs immatures de son âge cherche homme(s) aimant échanges et longues discussions sur sujets variés, même coquins… LOL. Physique sympa et ouverte d’esprit. »

A cette évocation, une flamme hargneuse alluma son regard et figea sa mâchoire qui laissa passer un murmure, presque un sifflement, où l’on pouvait discerner comme une menace.

« Tu ne vas pas être déçue ma cocotte » disait-il peut-être, en caressant amoureusement le manche du cutter placé au fond de sa poche de pantalon.

02.05.2008

Inflation = Libération

Ray-ban gigantesques par temps de pluie, un ou deux téléphones cellulaires ultra-fins avec oreillettes assorties, un I-pod dans la poche, un pc portable en bandoulière, des marques des pieds à la tête, la Wii, le wi-fi, l’écran plat, la brosse à dents électrique, le rasoir 15 lames, le camescope numérique, le GPS, la climatisation… Pour la baisse immédiate et radicale du pouvoir d’achat !

Les joies du premier Mai

-         « Oh, tu m’achètes du muguet ?! »

-         « Ha non ! »

-         « Ben… pourquoi ? »

-         « A deux euros le brin tu te fous de moi ? Ce sont de véritables escrocs ces mecs là… ils s’en foutent plein les fouilles ! »

-         « Ben, ils ont quand même l’air plus modestes que tes collègues des fusions-acquisitions… et certainement pas plus escrocs… »

-         « Oui, mais nous, on a fait des études pour avoir le droit d’escroquer ! Ha, ha, ha… »

-         « T’as vraiment un humour de plouc… »

-         « Et c’est ça que tu aimes, ma petite cochonne d’amour… »

 

 

19.04.2008

Un rien de plus

-         « Tu es triste ? »

-         « J’aurais aimé l’être. »

-         « Tu ne m’en veux pas ? »

-         « Ca servirait à quelque chose ? »

-         « Tu sais, j’ai essayé… »

-         « On essaye tous… »

-         « Mais bon, on reste amis… »

-         « Manquerait plus que ça… »

-         « Je te souhaite de rencontrer quelqu’un de mieux que moi… »

-         « Je te souhaiterais bien la même chose mais ça me parait difficile. »

-         « T’es drôlement prétentieux ! »

-         « Au moins je ne feins pas la modestie et l’altruisme… »

-         « Tu dis ça pour moi ? »

-         « On n’est que tous les deux à parler non ? »

-         « J’essaye juste de faire en sorte que les choses ne soient pas trop douloureuses… »

-         « Là c’est toi qui est excessivement orgueilleuse… »

 

Le racisme expliqué à mon chat

"Un écrivain et poète meurt, personne ne l'a lu mais tout le monde est persuadé qu'il mérite d'entrer au Panthéon car il est noir."

 

 

18.04.2008

Bizarre



Malgré tous ses plus sincères efforts pour ne pas incarner la figure si peu séduisante du réactionnaire totalement désespéré par l'avenir de son pays, il est tout de même assez difficile de ne pas trouver étrange le fait de voir, désormais chaque semaine, ces longues vomissures de crétins prépuberts défiler pour prétendûment protester contre la suppression d'un certain nombre de ces profs qu'ils insultent, agressent, chahutent, conspuent, bousculent, moquent et méprisent à longueur d'années...

16.04.2008

Laissez les étudier! Ils aspirent tant à la culture et au savoir! C'est homère qu'on assassine!

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15.04.2008

Poisson d'avril?

Bandeau accrocheur sur le dernier numéro du « Cri du Contribuable » :

« Sondage exclusif BVA/Le Cri : 80 pour cent des français favorables à une baisse des impôts et cotisations ! »

Devant un tel scoop, on pense immédiatement à un canular ou une plaisanterie, mais il n’en est rien. Il est vrai qu’on aurait dû s’en douter, l’humour n’étant pas vraiment la spécialité de nos hérauts de la glorieuse lutte anti-fiscale.

C’est donc très sérieusement que nos amis Croisés de la privatisation libératrice offrent à leur lectorat, ramassis de vieux rapaces ne supportant pas l’idée que quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes profite de la plus infime partie de leur bel argent  « honnêtement » et « durement » gagné dans le négoce ou la finance, cette étonnante information: beaucoup de gens sont plutôt favorables au fait de payer moisn d'impôts.

On attend donc avec impatience les autres « sondages exclusifs » du type « 90 pour cent des français souhaiteraient être beaux et riches. » ou « Une très grande majorité de français préfère être en bonne santé que malade. »

En réalité, ce que les rédacteurs de ce feuillet (dans tous les sens du terme…) capitaliste veulent sous-entendre au travers de ce ridicule sondage c’est que « 80 pour cent » des français seraient favorables à leur infecte petite cuisine libérale faite de disparition du service public, d’égoïsme social et de culte de la rentabilité à court terme.

Or, dans ce cas, il aurait fallu poser la question de la façon suivante :

« Etes-vous favorable à une baisse des impôts dont la conséquence serait la disparition des services publics non rentables, la privatisation progressive de l’éducation, la fin des subventions à l’agriculture, la suppression des bourses universitaires, de l’aide au logement et une américanisation progressive du système social ? »

Pas sûr que la réponse ait été exactement la même…

11.04.2008

La corde pour se pendre

Les larmes qui coulaient sur le visage d’Amélie étaient autant de coulures de miel qui se répandaient, épaisses et suaves, dans tout le corps de François.

Débarrassé des derniers vestiges de la plus ténue des décences, il jubilait littéralement devant la décomposition progressive de ce joli visage encore épanoui et radieux il y a quelques instants.

Ces yeux rougis, ce rimel ravagé, cette voix chevrotante qui peinait à reprendre son souffle, ces tics nerveux qui exprimaient autant le désarroi que la stupeur, c’était son oeuvre, sa victoire !

Jamais, sans doute, il n’avait été aussi ignoblement heureux.

 

Amélie était une discrète jeune fille dont le charme indiscutable n’était cependant pas assez  rayonnant pour s’accompagner de cette arrogance putassière qui est son habituelle compagne. Elle paraissait un peu lunaire et débordait d’une joyeuse naïveté qui la conduisait à aimablement se réjouir des plus infimes plaisirs et bonheurs de l’existence quotidienne. Impossible d’imaginer jeune fille plus éloignée de la figure de harpie blasée et geignarde devenue le modèle commun de la française contemporaine.

 

Très supérieure à toutes celles qu’il avait connu et même à celles qu’il n’avait fait qu’espérer, François n’avait pourtant vu en elle, dès lors qu’il avait ressenti l’attachement démesuré (et assez largement incompréhensible) qu’Amélie développait à son égard, que la malheureuse cible d’une vengeance aussi abjecte qu’imbécile.

Vengeance irrationnelle, injuste, incroyablement basse mais absolument nécessaire.

Elle devait payer pour les blessures passées, les forfaitures subies et les mensonges avalés.

Ne ressentant pour elle qu’une douce et amicale sympathie, il était, cette fois, du bon côté du manche et comptait bien en profiter. Bien sûr, il savait pertinemment qu’il allait payer ce défoulement haineux d’une nouvelle interminable parenthèse de solitude et d’innombrables nuits d’alcool et de déréliction. Dans moins d’une semaine, il regretterait amèrement cet acte de démence mais ne pouvait pour autant s’empêcher de le commettre.

Pour la seconde fois de sa vie, il occupait la place qu’il avait toujours poursuivie, celle qu’il pensait, sottement, mériter. Il avait manqué le coche la première fois en voulant rester humain, rien ne l’empêcherait aujourd’hui de profiter pleinement de ces instants bénis en se montrant aussi cruel qu’il est possible de l’être.

Que la victime soit une incroyable et délicieuse exception à l’abjection fangeuse de son sexe rendait l’exercice plus sapide encore. Tout était parfait.

Il avait donc sélectionné les mots les plus sales et les plus blessants, les mensonges les plus grossiers, les anecdotes les plus offensantes et déversait maintenant avec gourmandise tout ce fiel amassé, tranquillement assis au fond d’un bistrot largement miteux, décor presque trop idéal pour cet improbable et sordide règlement de comptes.

Il n’était pas qu’une victime, lui aussi pouvait faire souffrir ! Merveilleux moment.

Bientôt, renversant son verre de kir framboise, Amélie se précipita vers la sortie.

A cet instant, oubliant que les femmes tournent les pages plus rapidement qu’elles se repoudrent, il espéra qu’elle aille se jeter d’un pont ou sous un métro. Etre un homme pour qui l’on se suicide ! Suprême félicité !

Passées les quelques secondes de l’exaltation, il commanda à boire et sortit un livre, redevenant ce qu’il n’avait jamais cessé d’être, un lâche orgueilleux, personnage de papier et d’encre bien plus que de chair et de sang, à jamais condamné à errer dans le désert de sa prétentieuse insignifiance.

 

 

10.04.2008

Le petit frère

Martha n’était pas prête, elle téléphonait à Josie, sa meilleure amie. D’un geste agacé et nerveux, sorte de petit coup de balai donné du revers de la main, elle fit signe à François de l’attendre dans la pièce d’à côté. François s’exécuta sans mot dire. Désormais, les hommes se plient docilement aux injonctions des harpies. C’est cela ou la veuve poignet. Bien sûr, la veuve poignet est plus digne, mais elle aussi moins socialement présentable.

Un parfum lourd empuantissait la pièce. Une odeur âcre et entêtante. A vue de nez, quelque chose entre des aliments avariés en voie de putréfaction et du linge intime oublié depuis quelques lustres au fond d’un placard.

Non, pire encore…On avait dû égorger un chien ou écorcher un chat puis laissé les restes pourrir sous les rayons de soleil que la grande baie vitrée laissait généreusement pénétrer dans la pièce.

Non ce n’était pas cela encore…

Son odorat commençant à s’habituer aux agressives flagrances, François parvint au bout de quelques instants à déterminer plus justement la nature des effluves. Tabac froid, remugles cannabiques, aigreur de pollutions nocturnes mêlées à des résidus d’urine, sueur séchée sur le coton d’un jogging n’ayant jamais connu la machine à laver... Pas de doute, un adolescent se trouvait dans la pièce avec lui ! Pourtant il ne voyait rien... Ha si… là, sur le canapé… une masse informe se confondant presque totalement avec les coussins… des cheveux fillasses masquant presque totalement  un visage collé à l’écran d’une console de jeux portable… De ce que l’on pouvait imaginer être la bouche coulait un mince filet de bave jaunâtre… L’animal dormait.

C’était donc lui le petit frère « vraiment très cool » que Martha « était impatiente de lui présenter » parce qu’il aimait, comme lui, les bouquins, « surtout la SF ».

Terrifié à l’idée que la bête puisse se réveiller et envisager de lui adresser la parole, François glissa sans bruit vers la porte d’entrée qu’il emprunta tout aussi silencieusement avant de fuir éperdument dans l’escalier.

La sale gueule de la haine démocratique

Ce qu’auront surtout démontrés les grotesques micro-événements de lundi dernier autour de la « flamme olympique » c’est l’intacte capacité d’hystérie des foules contemporaines. Chauffées à blanc par les médias à propos d’un sujet dont elles se contrefoutaient totalement il y a encore trois mois, les hordes humanistes, jamais en retard d’une « résistance » sans risque, se sont ruées sur le symbolique flambeau comme des chiens enragés sur un os.

Ambiance épuration des grands soirs, cordons de flics protégeant les collabos en survêtements sur lesquels on glaviote avec gourmandise et  délectation.

Si on avait pu raser le crâne de quelques uns de ces traîtres à la cause humanitaire qui prétendaient « relayer » la flamme maudite, la jubilation « citoyenne » aurait sans aucun doute été à son apogée.

Qui a vu cette pauvre sportive handicapée qui, du fond de son fauteuil roulant, tentait de protéger le flambeau que des harpies droits de l’hommesques voulaient lui arracher  sait que le totalitarisme qu’il faut le plus craindre est bien celui de cette infâme bourgeoisie bien pensante prête à toutes les bassesses et toutes les exactions à condition que celles-ci soient avalisées par l’air du temps et encensées par les divinités médiatiques.

08.04.2008

La danse

Ses hanches généreuses se mettent à onduler et, en un instant, c’est comme si elles occupaient toute la pièce. Chacun cherche alors à retrouver le fil de sa conversation pour étrangler son trouble et les coupes de champagne se vident d’un trait dans des gorges soudainement asséchées.

Enivrée par l’alcool, la jeune fille s’est mise à danser et son corps débordant d’un érotisme si naturel qu’il paraît presque innocent ondule hypnotiquement.

Imperceptiblement, on se laisse captiver par les battements incroyables du tambour cosmique qui soulèvent à intervalles réguliers cette poitrine lourde et généreuse apte à réconcilier le monde avec lui-même.

La jeune fille danse, seule, les pommettes légèrement rougies. Elle a trop bu, elle rit trop fort.

Vulgaire ? Sans doute. Comme sera toujours vulgaire la vie prodigue et solaire, agressive et charnelle, des âmes simples aux yeux des gargouilles bourgeoises, à jamais dénervées par des siècles de calculs, de mises en scène sociales, de jeux de rôles et de turpitudes maquillées en vertu.

Des éclairs homicides fusillent la danseuse solitaire. Ils proviennent du coin des vierges effarouchées.

De vierges, bien sûr, elles n’ont que la moue méprisante surplombée du nez pincé d’écoeurement démonstratif, la jalousie hargneuse et le chuchotement dédaigneux.

Tout le reste a été sacrifié il y a bien longtemps au premier crétin plus pressant que les autres et, surtout, socialement présentable. Certaines ont résisté un peu plus longtemps, par des voies détournées, mais les premières douleurs anales les ont finalement faites rentrer dans le rang.

Oui mais elles, au moins, ont le mérite de faire semblant, de ne pas « se donner en spectacle ». Pour ôter leur culotte et trémousser la chair triste de leurs fesses plates il leur faut des cabinets bien clos, des persiennes opaques et des chambres bouclées à double tour. Elles s’adonneront alors avec la lâche délectation de l’anonymat  à toute la sensualité qu’elles condamnent si dignement lorsqu’elle s’affiche sans cautèle ni hypocrisie, comme dans cette danse charnelle et scandaleuse, provocante et presque animale, en un mot odieusement populaire.

Quelle honte et quel gâchis que de s’offrir de la sorte sans avoir au préalable négocié, marchandé, échangé l’expression de son corps contre une promesse de fiançailles ou au moins un bail à moyen terme !

La haine ruisselle sur les lambris, les mâchoires carnassières sont prêtes à déchiqueter l’indécente danseuse pour lui faire payer chacun des regards masculins ainsi subtilisés.

Les mains aux doigts courts et crispés, idéalement conçus pour serrer son sac à main contre sa poitrine, tripotent nerveusement les petites croix d’argent qui pendouillent tristement sous les cous de poulets de ces catholiques de kermesses.

Qu’une seule d’entre elles franchisse le pas et les insultes fuseront en un impétueux flot collectif.

Insultes ignobles, cruelles, crapoteuses, dont le plus vindicatif des misogynes ne pourrait même pas imaginer la suprême bassesse.

Lyrisme guerrier

« Heureux ceux qui sont morts

Car ils sont retournés

Dans la première argile

Et la première terre.

Heureux ceux qui sont morts

Dans une juste guerre

Heureux les épis mûrs

Et les blés moissonnés. »

Charles Péguy

« Il ne faut rien de moins qu’avoir donné sa vie dans une guerre pour effacer l’odieux d’avoir écrit ces vers. »

Henry de Montherlant, 1958, « Va jouer avec cette poussière ».

05.04.2008

Etrange

Ecouter les conversations des gens pourrait être un vilain défaut si la plupart de nos contemporains ne semblait pas tout faire, notamment au niveau du volume sonore, pour que tel soit le cas, pensant sans doute susciter par là un quelconque intérêt, plus ou moins passionné, voir, suprêmes délices, une pointe d'envie ou de jalousie. A défaut ils offrent en tout cas une matière inépuisable aux joies de l'accablement et du ricanement désespéré. 

 Parfois, cependant, saisissant seulement quelques phrases isolées, on a les plus grandes difficultés à reconstituer de quoi il peut bien s'agir et l'on sombre alors dans des abîmes de perplexité.  Exemple:

- "A 16h30, j'avais encore 4 enfants, puis j'en ai débranché deux...."

 

Le mystère reste entier....

Mythomanie

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04.04.2008

C'est déjà demain

Hier, j’ai vu la sale trogne de l’avenir.

Grand défilé de groins sur pattes boulevard Saint-Michel. Emétique mélange du puanteurs orientales embaumant des silhouettes simiesques et affaissées vêtues de ridicules panoplies américano-MTViennes, le cortège de clowns pathétiques et visiblement heureux de l’être se répand comme un étron gigantesque de la Seine jusqu’à la Sorbonne… Ca ruisselle de bêtise, de vulgarité, de suivisme rigolard baigné de la prétention d’être autre chose que de pitoyables ratés, fondamentalement incultes, qui n’ont d’autre destinée que de survivre en suçant le gland de la charité publique.

Signe révélateur, les cornacs de ce bruyant et veule troupeau sont des femelles dont la cyprine se mêle à la sueur dans l’excitation poisseuse d’une illusion de pouvoir. Rougeaudes et dépenaillées elles vocifèrent des slogans à la hauteur de leur cécité intellectuelle, slogans qu’elles ont mal recopiés des tracts syndicaux remis par de vieilles trompettes marxistes, profs certifiés abonnés à Télérama qui rêvent d’un nouveau mai 68 pour enfin se fabriquer quelques souvenirs mais installent en attendant des portes blindées dans leurs appartements banlieusards.

Ces têtards défilent contre les prétendues « suppressions de postes », minable cause à leur microscopique dimension, mais c’est bien la suppression globale de l’éducation nationale que l’on souhaite en observant cette vomissure multicolore infectant le boulevard de sa rampante ignominie.

 

02.04.2008

Cloaque

Ouvrir une porte mais ne rien trouver derrière. Chercher alors un peu dans des tiroirs poussiéreux plein de vieilles punaises rigolardes. Jeter un œil dans un album vidé de toutes ses photos. S’asseoir, plonger son visage dans ses mains. Ne pas pleurer. Respirer trop fort. Allumer une cigarette, l’approcher de sa paume jusqu’à ce que la douleur insupportable fasse tressaillir le vieux corps perclus de dégoûts et de déceptions.

 

Peut-être y a-t-il des choses qui sauvent les hommes, mais il serait temps d’en hâter la réapparition car l’abjection ambiante devient si suffocante que les cœurs les plus chrétiens ne résistent plus au désespoir que par une sorte d’automatisme, fruit d’un pli ancestral que plus rien ne vient encourager.

01.04.2008

Obscure clarté

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16:03 Publié dans