06.11.2009
Rongé par la haine
Les racailles qui donnent des coups de pieds à un bébé de 14 mois ne sont pas rongées par la haine, leurs copines qui se lancent le même bébé « pour jouer » ne le sont pas plus, les petits voyous qui se filment jouant au foot avec un chat vivant ne sont pas non plus rongés par la haine, ceux qui violent à dix des gamines de 12 ans dans les caves ne le sont pas davantage et ceux qui jettent des boules de pétanque sur les flics encore moins.
Ce sont des gens « en souffrance psychologique et sociale. »
Par contre, François, lui, est rongé par la haine. Jusqu’au trognon même.
Parce que, hier, au dîner, la conversation s’étant égarée sur le prétendu « débat sur l’identité nationale », il a dit qu’il éprouvait de très importantes difficultés à ressentir une réelle solidarité nationale avec des individus qui, bien qu’ayant la même carte d’identité que lui, ne partagent ni son histoire, ni sa religion, ni sa culture, ni même sa langue.
Et pour tenir de tels propos, il faut vraiment être rongé par la haine.
D’ailleurs, comme l’avait fait remarquer une invitée, « on sait où mène ce genre de raisonnements ! ».
« A Auschwitz ! » avait cru bon d’hululer une autre convive, en manquant de s’étrangler avec son pain au sésame bio, au cas où tout le monde n’aurait pas bien compris le propos.
Le maître de maison avait alors apaisé l’assemblée révoltée en déclarant que, de toute façon, le seul lien qui importait était la conscience de l’appartenance commune à une même humanité.
Et tous ces braves francaouis diplômés CSP+ mariés à de braves francaouis diplômées CSP+ en étaient farouchement conscients.
15:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Bribe de conversation
- "Tu sais, il y a encore de la place dans mon coeur..."
- "Oui. Trop..."
- "J'ai le coeur trop grand?"
- "Non, tu accordes simplement un trop petit morceau à chacun..."
15:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Parisiens
- « 8 euros 50 une salade verte, franchement c’est une blague ! »
- « Un fou rire vaut un bon steack. De quoi vous plaignez-vous ? »
15:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2009
Evasion
Langue pendante, appuyé avec vigueur sur ses pattes arrière qui tremblaient légèrement, le chien expulsait son excrément au milieu du trottoir. Au bout de la laisse, une connasse entre deux âges, genre jouisseuse fatiguée et pré-ménopausée, feignait la désinvolture et regardait ailleurs.
- « Je lui balancerais bien un cailloux… » marmonna François.
- « A ton âge, on ne lance plus de pierres aux chiens… » rétorqua Amandine, déjà agacée.
- « Je ne parlais pas du clébard… » poursuivit François dans un demi sourire.
- « Oh écoutes, ne commences pas… tu sais très bien que tu ne feras rien du tout alors épargne moi tes conneries s’il te plaît… » conclut la jeune fille dans un haussement d’épaules.
Vexé par la vérité ainsi assénée, François alluma une cigarette et décida de bouder jusqu’à l’arrivée du taxi. Quelques minutes pour essayer de se souvenir de l’endroit où il avait égaré ses couilles…
Mais la réflexion fut de trop courte durée pour résoudre l’énigme et le couple s’engouffra dans le break Audi conduit par un grand noir étrangement chevelu qui interrogea son GPS pour trouver la place de l’Opéra.
- « Vous êtes nouveau dans le coin vous non ? » se permit d’interroger François.
- « Pourquoi dis-tu cela ?! » s’écria presque Amandine subodorant une remarque à connotation ignoblement xénophobe voir raciste.
-
François, décidant de replonger dans le silence, se lança alors dans la comptabilité de la soirée : 1 heure 30, au bas mot, de théâtre, plus au minimum la même chose de resto, le tout pour, disons, 20 à 30 minutes de « proximité charnelle », bisous à la con inclus.
C’était maigre. D’autant que s’il picolait consciencieusement au cours du repas - ce qui était quasiment inévitable pour supporter les considérations de sa commensale sur le monde « qui est certes injuste mais ca sert à rien de se lamenter » suivies d’une étude comparative des prix des séjours à Saint Domingue - le fiasco physiologique n’était pas à écarter.
Alors, profitant de l’arrêt à un feu rouge de la rue de Rivoli, il se précipita à l’extérieur du véhicule et se mit à courir comme un damné.
Il pleuvait maintenant à torrents et François en était satisfait.
10:58 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.11.2009
Voyeur
Un demi corps surgissant d’une fenêtre, des bras qui se déploient pour saisir les planches de bois ou les éventails métalliques qui vont bientôt isoler cette silhouette du reste du monde… j’aime regarder les gens qui ferment leurs volets.
Derrière ces persiennes closes, j’imagine sottement une cheminée chargée de bûches incandescentes. Devant elle, deux enfants jouent aux dominos sur un épais tapis de laine tandis que Papa lit le journal en le commentant et que Maman, s’escrimant sur son tricot, sourit des énervements de son mari.
Je sais bien que cette vision n’est pas seulement niaise et grotesque mais qu’elle est aussi odieuse, dégradante, réactionnaire et inadmissible.
Je sais bien qu’une femme est incomparablement plus libre, plus épanouie et plus digne derrière un écran d’ordinateur à consulter son blog et son compte meetic ou derrière un bar à vider des mojitos à 2 heures du matin que dans une cuisine derrière des casseroles fumantes ou dans un parc derrière une poussette.
Je sais aussi qu’un homme ne peut être satisfait que s’il est stimulé par les sonneries de ses trois téléphones portables, travaillé par l’ambition et l’envie et persuadé de mériter beaucoup plus et mieux que ce qu’il a.
Je sais enfin que les enfants ne jouent plus aux dominos, que les garçons massacrent au lance-flammes des extra-terrestres sur console vidéo et que les petites filles se maquillent pour leurs soirées karaoké spécial Britney Spears.
Je sais tout cela. Il n’empêche. J’aime regarder les gens qui ferment leurs volets et imaginer autre chose que ce qui est.
10:12 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.11.2009
Une vaniteuse manière de n'être rien
« L’individu, vous savez tous ce que c’est par expérience. L’individu c’est le dernier produit d’une société qui devient stérile, c’est l’être humain tombé de la plénitude de l’homme dans l’exiguïté du moi, c’est le nain arrogant, l’avorton prétentieux qui, toujours content de soi, n’est jamais content des autres, qui, restant toujours isolé sans être capable de vivre seul, à la fois dissident et dépendant, est l’atome d’une foule au lieu d’être l’élément d’un peuple. L’individu vit perpétuellement dans un état de désertion sociale. Il prétend être entretenu par une société qu’il n’entretient pas, il demande sans apporter, il voudrait tout recevoir sans rien donner et, dans une société décomposée, il représente un abaissement et une déchéance qui se retrouvent à travers toutes les classes. Il ne fait ses preuves que par des paroles, au lieu de les faire par un acte ou par un travail. Il est l’homme qui n’a plus que des attitudes négatives, très satisfait de soi-même parce qu’il dit non à tout, sans s’apercevoir qu’ainsi tout se fait sans lui. »
Abel Bonnard
14:01 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.10.2009
Un jour je vis le sang couler de toutes parts
Un jour je vis le sang couler de toutes parts ;
Un immense massacre était dans l'ombre épars ;
Et l'on tuait. Pourquoi ? Pour tuer. Ô misère !
Voyant cela, je crus qu'il était nécessaire
Que quelqu'un élevât la voix, et je parlai.
Je dis que Montrevel et Bâville et Harlay
N'étaient point de ce siècle, et qu'en des jours de trouble
Par la noirceur de tous l'obscurité redouble ;
J'affirmai qu'il est bon d'examiner un peu
Avant de dire En joue et de commander Feu !
Car épargner les fous, même les téméraires,
A ceux qu'on a vaincus montrer qu'on est leurs frères,
Est juste et sage ; il faut s'entendre, il faut s'unir ;
Je rappelai qu'un Dieu nous voit, que l'avenir,
Sombre lorsqu'on se hait, s'éclaire quand on s'aime,
Et que le malheur croit pour celui qui le sème ;
Je déclarai qu'on peut tout calmer par degrés ;
Que des assassinats ne sont point réparés
Par un crime nouveau que sur l'autre on enfonce ;
Qu'on ne fait pas au meurtre une bonne réponse
En mitraillant des tas de femmes et d'enfants ;
Que changer en bourreaux des soldats triomphants,
C'est leur faire une gloire où la honte surnage ;
Et, pensif, je me mis en travers du carnage.
Triste, n'approuvant pas la grandeur du linceul,
Estimant que la peine est au coupable seul,
Pensant qu'il ne faut point, hélas ! jeter le crime
De quelques-uns sur tous, et punir par l'abîme
Paris, un peuple, un monde, su hasard châtié,
Je dis : Faites justice, oui, mais ayez pitié !
Alors je fus l'objet de la haine publique.
L'église m'a lancé l'anathème biblique,
Les rois l'expulsion, les passants des cailloux ;
Quiconque a de la boue en a jeté ; les loups,
Les chiens, ont aboyé derrière moi ; la foule
M'a hué presque autant qu'un tyran qui s'écroule ;
On m'a montré le poing dans la rue ; et j'ai dû
Voir plus d'un vieil ami m'éviter éperdu.
Les tueurs souriants et les viveurs féroces,
Ceux qui d'un tombereau font suivre leurs carrosses,
Les danseurs d'autrefois, égorgeurs d'à présent,
Ceux qui boivent du vin de Champagne et du sang,
Ceux qui sont élégants tout en étant farouches,
Les Haynau, les Tavanne, ayant d'étranges mouches,
Noires, que le charnier connaît, sur leur bâton,
Les improvisateurs des feux de peloton,
Le juge Lynch, le roi Bomba, Mingrat le prêtre,
M'ont crié : Meurtrier ! et Judas m'a dit : Traître !
Victor Hugo
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Rimini
15:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Misère du défoulement
A chaque fois que quelqu’un poste un « commentaire » sur internet, il devrait se demander s’il emploierait les mêmes termes et le même ton en face de la personne à laquelle il s’adresse ou, pire encore, dont il parle sans qu’elle soit même présente.
Il me semble en effet inutile d’ajouter la lâcheté au triptyque de la bêtise, de la hargne et de la méchanceté.
Mais il est vrai que les français ont toujours eu une appétence particulière pour la délation et l’invective anonymes.
Les matamores du clavier, dernière espèce tragi-comique de la comédie humaine.
15:37 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Droite?
13:57 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le chemin
95 pour cent des gens qui s'affirment catholiques ne le sont pas. Au début on s'en étonne, mais finalement c'est assez logique car s'ils l'étaient vraiment, les autres s'en rendraient compte sans qu'ils aient besoin d'en faire la publicité.
13:39 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.10.2009
Une semaine de phrases à la con
- « T’as un regard vachement intrusif, j’ai l’impression que tu me dissèques, presque que tu me violes… »
- « Y’a un moment, tu dois borner ta négativité, sinon on va pas s’en sortir ! »
- « Critiquer la télé, c’est facile. T’as qu’à faire ta propre chaîne de télé ! »
- « Tu serais pas aussi facho, on pourrait croire que t’es de gauche. »
- « Le théâtre c’est bien, mais c’est artificiel. »
15:01 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Interlude
La chaleur s’alliait maintenant à la fatigue pour écraser les derniers kilomètres de la marche.
Frederico avait ôté son t-shirt afin de faire admirer sa musculature travaillée à la salle de sports mais son exhibition n’eut guère de succès, les regards de la petite troupe étant plus préoccupés de surprendre d’hypothétiques champignons sur les bas côtés du chemin.
Les enfants courraient devant et semblaient ne jamais devoir être épuisés.
François, lui, commençait à sérieusement tirer la langue mais il tentait de masquer ses difficultés par un bavardage permanent placé sous les auspices de Vincenot et du nécessaire retour à la terre. En attendant ce salutaire sursaut néo-rural, il crachait salement ses cigarettes et ses vodkas-campari.
Le colonel fermait la marche, piquant à intervalles réguliers les fesses de sa belle-sœur avec son bâton de marche pour que le rythme de l’ascension ne fléchisse pas trop.
L’objectif, ce majestueux calvaire planté au milieu de la rocaille et des crottes de pottocks séchées, apparut à la sortie d’un lacet du sentier.
Les sourires s’épanouirent un peu plus et l’on pressa le pas. La saucisse sèche et les fromages de brebis commençaient à danser au fond des sacs.
On atteignit bientôt, à quelques mètres de la croix gigantesque régnant sur le lieu, une zone herbacée épargnée par les déjections animales et le signal du déjeuner fut donné. Certains s’effondrèrent dans de grands soupirs de soulagement tandis que d’autres proposèrent, pour la forme, de « pousser un peu plus loin » avant de s’asseoir à leur tour sous les lazzis et les fulminations des premiers.
Une bouteille fut débouchée, le repas pouvait commencer.
On n’avait pas accompli un extraordinaire exploit sportif, les conversations n’allaient pas révolutionner la philosophie occidentale, on ne prenait pas de photos travaillées et artistiquement floues pour nourrir un blog, on ne voulait rien expliquer, rien démontrer… Assis sur des cailloux arasés par le vent, au milieu de l’immensité montagneuse, on mâchouillait des sandwichs en regardant les visages d’êtres aimés.
Etre simplement bien, quel curieux sentiment…
09:58 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Fin de soirée
- « Comme dit l’autre « J’ai une tête d’anarchiste mais un cœur de légionnaire » »
- « Si tu veux mon avis, t’as surtout une tête de con. »
- « C’est dur ce que tu me dis là. »
- « Oui, mais c’est pas faux. »
- « C’est dur quand même. »
- « Ben, ça m’empêche pas de te payer un verre. »
- « Alors ça va. »
09:38 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.10.2009
Conversation amoureuse 2.0
- « Aïe ! »
- « Quoi ? »
- « Ben tu me fais mal ! »
- « Mal ? »
- « Ben oui… »
- « Ha bon… ? comment ? »
- « Je sais pas… Je suis peut-être un peu sèche… »
- « Pourquoi t’es sèche ? »
- « Ben ça arrive… »
- « T’as pas envie ? »
- « Si… C’est pas ça… »
- « Ben c’est quoi ? »
- « Ca arrive je te dis… »
- « On arrête ? »
- « Mais non ! T’as pas du gel ? »
- « Pardon ? »
- « Du gel… »
- « Heu non… »
- « Ben autre chose... je sais pas... de l’huile… »
- « C’est une blague ? »
- « Olala mon pauvre, t’es vraiment pas dégourdi… »
16:15 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2009
Dix de der
François aimait beaucoup jouer aux cartes. Mais cela le rendait méchant. Odieux même. Il aurait insulté sa propre mère si celle-ci avait mal compté les atouts ou relancé hasardeusement.
De ses années lycéennes et estudiantines, il avait tiré la certitude d’être un bon joueur de cartes, simplement parce que ses camarades, effrayés par ses colères furieuses et irrationnelles, avait pris l’habitude de le laisser gagner. Depuis lors, son orgueil sourcilleux ne supportait plus que quiconque remette en cause ses talents d’escrimeur du tapis vert, un peu comme ces autres connards qui entrent littérallement en transe lorsque l’on ose critiquer leur façon de conduire.
D’un naturel discret voir effacé, François perdait tout sens de la bienséance et de la mesure quand il s’agissait des cartes. A trop avoir hurlé que ses adversaires avaient « une veine de cocus », il s’était attiré l’animosité de la plupart des compagnes de ses amis et n’était désormais plus guère invité que chez les autres célibataires. Il s’en foutait d’ailleurs royalement, y voyant plutôt la confirmation de ses suppositions.
François méprisait le poker, mode de beaufards américanisés, vénérait la belote, jeu populaire et réjouissant, et jouait au whist, parce qu’il trouvait cela délicieusement suranné.
Seul problème, le milieu des amateurs de whist s’accommodait mal de ses accès d’hystérie et des tombereaux d’injures qu’il déversait ordinairement sur partenaires et adversaires.
Peu à peu, François avait donc mis au point une méthode pour jouer seul au whist.
Assis au fond d’un café de la rue Monge, il passait ainsi des heures en des parties endiablées contre lui-même. Se connaissant fort bien, la compétition était particulièrement acharnée, les invectives qui la ponctuaient effroyablement blessantes.
On le prenait pour un fou, parfois pour un artiste et une chaîne de télévision locale avait même voulu faire un « reportage » sur lui car il était devenu un « personnage » du quartier.
Alors François avait pris ses cartes et son imper de marine et s’en était allé dans un autre café, plus discret et plus miteux, afin qu’on le laisse jouer en paix.
18:29 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.10.2009
Restauration
La goutte de vin coula le long du goulot avant de venir s’écraser à quelques centimètres de la main du trentenaire en costume cintré qui dînait avec deux brunes amies à la petite table ronde au fond de la salle.
Contemplant l’éclat vermillon et irisé qui souillait dorénavant la blancheur de la nappe, je jeune homme donna un petit coup de poing sur la table et, s’adressant à Alban sans le regarder, rugit d’une voix excédée :
- « Vous pourriez faire attention tout de même ! »
Alban s’excusa, balbutiant quelques mots déférents que les trois convives n’écoutèrent même pas, l’une des jeunes filles se bornant à lever les yeux au ciel.
En s’éloignant, Alban entendit les petits rires étouffés qui lui poignardaient l’épine dorsale.
- « C’est le problème des établissements « milieu de gamme », le service, c’est souvent n’importe quoi… ce ne sont pas des gens du métier… » expliqua le jeune homme aux deux portables déposés à côté de la serviette en goûtant le vin dont il avait renvoyé la première bouteille afin de bien faire la démonstration de sa qualité de connaisseur en la matière.
Servir n’était en effet pas le métier d’Alban qui, passionné de mécanique, aurait voulu devenir garagiste. Mais un conseil d’orientation en avait décidé autrement, convainquant ses parents qu’une filière professionnelle serait « du gâchis » et qu’il avait les « facultés » pour suivre des études générales. Alban avait donc végété, entre ennui et bachotage, jusqu’à obtenir une licence de lettres modernes qui l’avait conduit au chômage puis à la précarité.
Effrayé par la passivité avec laquelle ses condisciples se retrouvant dans la même situation acceptaient celle-ci, s’enfonçant sans réaction dans l’assistanat et le parasitisme, il avait recontacté de vieux camarades, leur demandant de lui « trouver un boulot, n’importe lequel. »
Il se retrouvait donc ce soir, un plateau à la main, au milieu d’une salle presque comble, dans un costume sombre aux manches un peu trop courtes qui peinait à masquer son origine Emmaüsienne.
Quand Alban s’approcha à nouveau de la table du jeune cadre et des deux jeunes filles à mèches sur l’oeil, il était déjà presque terrorisé par l’aisance agressive de cet homme en représentation devant sa cour qui semblait l’avoir choisi comme faire valoir de sa séance du jour.
- « Si vous y arrivez, vous nous apporterez une autre bouteille de vin... » lui ordonna le bellâtre accompagné des sourires carnassiers des deux publicités pour Zara qui semblaient attendre avec gourmandise la prochaine maladresse de ce garçon mal coiffé qui commençait à sentir la transpiration.
Alban apporta le nouvel opus de Saint Emilion qu’il déboucha et servit en se mordant les lèvres pour mieux se concentrer. Une goutte échappa malgré tout à sa vigilance, traversa l’étiquette et mourut au pied de la bouteille.
- « A ce niveau, c’est du domaine du handicap… » ricana le responsable marketing de chez Apple, allumant une petite lueur dans le regard de ses commensales dont les hormones commençaient à être titillées par cette démonstration de pouvoir et cette ébauche d’humiliation.
- « Cette entrée est froide » enchaîna le costume Boss voulant pousser son avantage et transformer l’essai.
- « Après avoir passé un coup de déo, vous me changerez ça ! » poursuivit-il, les deux rimmel/crème de jour portant leur main à la bouche pour masquer un éclat de rire.
Alban s’éclipsa sans dire un mot puis revint quelques minutes plus tard et déposa la nouvelle assiette sur la table.
Au milieu de celle-ci trônait un magnifique étron dégageant une odeur pestilentielle.
Hugo Boss en promo, rabais de trente pour cent sur la collection automne/hiver, n’eut pas le temps d’articuler une seule parole, Alban le saisit par sa tignasse luisante de gel et lui écrasa la gueule dans l’infâme déjection. Les deux jeunes filles hurlaient hystériquement et réclamaient avec force grand gestes qu’on appelât la police !
De sa main libre, Alban déboutonna sa braguette et inonda bientôt ces décolletés hargneux de son urine prolétaire.
Il ne faut pas insulter les pauvres gens.
16:28 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Tunnel
Moins de 50 mètres de couloir de métro et deux saloperies publicitaires, tranquillement ignobles :
- « La guerre comme si vous étiez », étron vantant un jeu vidéo
- « On ne choisit pas sa famille, on choisit plus ou moins ses amis, alors choisissons au moins bien notre ordinateur. », invitation à l’autisme virtuel signée Surcouf.
13:26 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2009
La dernière fête
Assis sur son lit, fixant le mur depuis plusieurs minutes, Henri pleurait. De colère, de fatigue, d’épuisement nerveux… Dans un soubresaut furieux il arracha ses boules quiès et les jeta sur le parquet qui tremblait sous l’effet des basses de la hi-fi de l’appartement voisin.
Des mois que cela durait, 3 ou 4 fois par semaine le même scénario... la musique assourdissante, les rires excessifs et faux paraissant chercher à couvrir la musique, les meubles déplacés, les éclats de voix… Et surtout, lorsqu’il allait sonner à l’étage inférieure pour réclamer timidement à ses nouveaux voisins un effort de respect et de discrétion, la morgue ricanante, le haussement d’épaule agacé et le claquement de porte indifférent. Puis le son qu’on augmente encore un peu, pour bien montrer « qu’on ne va pas se laisser emmerder par un vieux con. ». Parce qu’on s’en fout, parce qu’on est chez nous, parce que les autres on ne s’en soucie que lointains et sans efforts, parce que seul compte notre bon plaisir…
Et dire que lorsqu’il avait vu emménager ce jeune couple d’employés bien propres sur eux, il s’était honteusement senti soulagé de ne pas voir s’installer une famille exotique et sa horde d’enfants sauvageons… Il avait oublié que la nouvelle barbarie, cet individualisme jouisseur qui méprise tout ce qui menace de le limiter ou de l’entraver, se soucie fort peu des origines et des couleurs de peau.
Seul, isolé, il avait alors cherché un soutien, une compréhension, une aide, auprès de ces institutions qu’il finançait depuis plus de 50 ans. Il avait joint la mairie, qui l’avait renvoyé vers l’office HLM, qui l’avait renvoyé vers la police.
Au commissariat, on ne s’était pas moqué de lui mais on lui avait bien fait comprendre que sa démarche ne servait à rien et que l’on ne ferait rien. On avait d’autres chats à fouetter. Le gardien de la paix lui fit un sourire presque compatissant et l’invita à se « montrer plus tolérant ».
Alors, ce soir encore, Henri s’était rhabillé, avait descendu l’escalier puis sonné de trois petits coups brefs .
Mais cette fois-ci le couple ne ricana pas, leurs yeux eurent à peine le temps d’exprimer la terreur et l’incompréhension. Henri appuya deux fois sur la gâchette et les corps s’effondrèrent dans un miaulement plaintif.
10:48 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Education
- "Papa, je m'ennuie..."
-"Mais tu sais, tout le monde s'ennuie dans le train... Regarde, c'est pour ça que les gens lisent."
09:07 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.10.2009
Etrange conclusion
- "Oh et puis va te faire foutre avec ta laïcité à la con... De toute façon, Benoit XVI y t'encule!"
10:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.10.2009
Il eut fallu
Lorsqu’il apercevait un cigarillo à demi consumé posé sur le lavabo à côté de sa brosse à dents, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsque le chauffeur de taxi le réveillait en bas de chez lui avec 30 euros au compteur pour l’avoir ramené de Saint-Michel, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsque des douleurs anodines mais suspectes esquissaient en lui les affres physiques qui le menaçaient, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsqu’il manquait la messe et en contemplait la sortie par la fenêtre, le regard encore empuanti des remugles nocturnes, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsque, son verre encore plein, il surveillait du coin de l’œil la bouteille de peur qu’elle ne se vide trop rapidement sans lui, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsqu’il observait les visages bouffis et les ventres débordants de ceux qui avaient commencé avant lui, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsque les références lui échappaient et que les citations se brouillaient, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Lorsqu’il surprenait les regards inquiets des quelques uns qui comptent, il se disait qu’il faudrait arrêter.
Mais lorsqu’il se souvenait des autres et qu’il entendait le monde, il se disait que c’était vraiment impossible.
10:22 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.10.2009
Un samedi soir sous la terre
Elle expulse la fumée en tournant la tête sur le côté et en relevant légèrement le menton. Sans doute a-t-elle répété cette attitude devant son miroir. Ou peut-être pas. Peut-être est-ce inné chez la femme d’être ainsi maniérée.
Elle entortille une mèche de cheveux autour de son doigt, plisse les yeux d’un air concentré et acquiesce à des propos dont elle se contrefout, pensant ainsi précipiter le passage à un autre sujet, ô combien plus passionnant : elle.
Fascinant spectacle, bien que répétitif.
Sa grille d’analyse de la soirée est déjà toute prête :
- Qualité et « originalité » du lieu choisi.
- Empressement à régler l’addition.
- Capacité à s’intéresse au déversement d’insignifiances narcissiques qu’elle appelle « ses préoccupations ».
- Eléments susceptibles de susciter sinon la jalousie du moins l’intérêt un peu agacé de ses copines.
- Potentialité d’obtention d’un cunnilingus sans compensation fellatrice.
C’est dire s’il n’y aura pas de second rendez-vous.
10:29 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.10.2009
Bienvenue à bord
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Rien ne bouge
- « Ca te dérange si on roule un joint ? »
- « Oui. »
-« Putain, t’es chiant… »
-« Ben tu me poses une question, je te réponds. »
-« Par contre, s’enfiler une autre bouteille de vin, je suppose que ça, ça ne te dérange pas… »
-« En effet. »
-« Bonjour la cohérence… »
- « Quoi la cohérence ? Le viticulteur du Bordelais, à la différence du connard à qui tu as acheté ton truc, il ne finance ni les petites merdes des cités ni le trafic international de stupéfiants… »
- « Oui mais au niveau de la nocivité… »
-« Je m’en branle de la nocivité, je suis pas appointé par le ministère de la santé. »
-« Donc c’est juste une question de légalité ? »
-« Non, c’est aussi une question de tenue. »
-« De tenue ? »
-« Ben oui, ton truc là, c’est ridicule… ton atelier de pliage, le mégot baveux qu’on fait tourner, cette puanteur de pneu crevé… Tu as déjà vu ton grand-père boire non ?»
-« Ben oui. »
- « Et tu l’imagines tirant sur un joint ? »
-« Heu…non. »
-« Normal, c’est tellement étranger à notre culture, à nos traditions… »
-« Et les fumeries d’opium ? »
-« On parle de substituts de tétines pour adolescents infinis et tu mélanges ça avec l’opium ! Sois un peu sérieux ! »
-« C’est toi qui me paraît pas très sérieux et passablement bourré… »
-« Que veux-tu, quand je vous vois, j’ai toujours très soif… »
-« T’as qu’à plus nous fréquenter… »
-« Et me priver d’une si bonne raison de m’enivrer ? T’es fou. »
-« Bon allez, à la tienne ! »
-« Comme tu dis ! »
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09.10.2009
Bilan comptable
La seule femme que François avait aimé avec le parfait désintéressement de l’innocence lui avait déchiré l’âme en lui déclarant un soir : « Quel dommage que tu ne sois pas beau… »
De cette impitoyable sentence, il avait titré une souffrance infinie doublée d’un aveuglement qui ne l’était pas moins.
Essentialisant ce jugement adolescent, il avait depuis lors stupidement vécu dans la croyance que l’insignifiance un peu ridicule de ses traits était le seul obstacle qui le séparait de la possibilité du bonheur, oubliant par ce raccourci toutes les autres tares et insuffisances de sa personnalité.
De cette blessure était finalement née une gigantesque boursouflure d’orgueil et de prétention.
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Champions de la misère
Etrange monde où l’on félicite les couples durablement mariés, où l’on s’esbaudit devant un tel incroyable exploit.
Des individus majeurs, indépendants et libres, ont décidé, sans la moindre contrainte sociale, économique ou religieuse, de s’unir, de se prêter mutuellement serment, et la foule se pâme d’admiration quand ils parviennent à respecter ce choix et leur parole donnée plus de quatre ou cinq ans.
Bien piètre vision de l’homme et de la femme qui se révèle là.
Lucide sans doute. Misérable en tout cas.
14:47 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Gueule de bois
Je vois cet enfant de 8 ou 9 ans, dans le métro, et suis impressionné par son aisance dans la langue de Shakespeare et des Spice Girls.
Deux stations plus loin, je comprends qu’il est anglais.
14:42 Publié dans Shopping | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.10.2009
Mémoire impotente
- « Tu as vu le documentaire sur la seconde guerre mondiale ? »
- « Oui. »
- « C’est terrible non ? »
- « Si. »
- « Hitler, Staline... quelle bande d’ordures quand même ! »
- « Oui. »
- « Ca n’a pas l’air de te révolter ? »
- « Disons que l’utilité de me révolter contre des cadavres m’échappe un peu… »
- « Non mais se souvenir, c’est important non ?
- « Oui, très important. Mais c’est assez différent de se révolter. »
- « En tout cas cela permet de rester vigilant pour que de telles choses ne se reproduisent pas ! »
- « Vigilance à l’efficacité toute relative… »
- « Pourquoi dis-tu ça ? »
- « Ben… Génocide au Rwanda, embargo sur l’Irak, IVG de masse, esclavage économique, bombes au phosphore sur la Serbie, empoisonnement alimentaire… ce ne sont pas les crimes et les saloperies qui manquent actuellement… »
- « Tu mélanges tout ! Je veux dire, au moins le nazisme ne reviendra plus… »
- « Avec chars et étendards sans doute pas. Mais sinon... Eugénisme, impérialisme occidental, contrôle de la pensée et de l’expression, endoctrinement de la jeunesse, ésotérisme orientaliste et magique… j’ai l’impression que tout ça se porte plutôt bien… »
- « Arrête un peu ! Maintenant les gens sont conscients et informés, ils ne resteront pas passifs comme leurs grands parents ! »
- « T’es gonflée quand même… »
- « Pourquoi ? »
- « Ben toi qui n’est pas foutu de faire un détour de 2 km pour éviter une station Total qui subventionne le massacre des Karens parce que ça risque de te mettre en retard à ta soirée, toi qui ne peut pas te passer des dernières « Nike City Sexy » fabriquées par des enfants, toi qui est allé en vacances « club » à Cuba, bronzer à côté des salles de torture castristes et des gamins prostitués, parce que les prix défiaient toute concurrence … je te trouve un peu gonflée de reprocher à nos grands parents de ne pas s’être jetés sur les mitraillettes des SS… »
- « Ca n’a rien à voir ! »
- « Si tu le dis. »
10:46 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.10.2009
Le fleuve des jours
- « Tu me saoules, les gens ne sont ni meilleurs ni pires qu’avant… »
- « Sans doute. Mais grâce à la technologie leur capacité de nuisance est décuplée… »
- « Il suffit de s’en tenir à l’écart. »
- « Si seulement… »
- « Il reste des endroits. »
- « Où, à part dans les « zones blanches » que des techniciens diaboliques s’acharnent à faire disparaître les unes après les autres ? »
- « Faut toujours que tu exagères… »
- « Hier, la même « journaliste » qui traitait le pape d’assassin pour l’histoire de la capote a pris la défense de Polanski… »
- « Quel rapport ? Pourquoi me dis-tu ça ? »
- « Comme ça. »
- « … »
- « Et ceux qui justifiaient les émeutes et les lynchages de flics par l’accident de Zyed et Bounia nous expliquent qu’il ne faut pas « réagir de façon émotive » face aux viols et meurtres de récidivistes… »
- « Je sais tout ça. Arrête un peu… »
- « Michel Lajoye a fait 19 ans de prison, un violeur de gamine de 13 ans en fait à peine 5 et s’il est cinéaste il ne fera même pas un seul jour et sera applaudi par Juliette Binoche, notre grande comédienne nationale qui pleurniche sur les enfants palestiniens… »
- « Ca va être ça toute la soirée ? »
- « Aymeric a été invité au mariage d’une amie qu’il a baisé durant ses fiançailles… »
- « Tu me fatigues… »
- « Ce sera sans doute un grand mariage… Officiers en uniformes d’apparats et messe en latin d’une heure et demie… »
- « Si tu continues, je te préviens, je m’en vais ! »
- « Rassures toi, je sais bien que tu vas partir. »
15:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




