29.04.2009

Vivement le week-end

Dénoncer, ou même simplement décrire (c’est bien suffisant…), la morne abjection d’une société qui a transformé ses jeunes filles en apprenties porno-stars qui vont chaque fin de semaine, avec la régularité d’OS se rendant à l’atelier ou à l’usine, tapiner en boîte de nuit au prétexte de « s’éclater », vous fait aisément passer pour un puritain ou un frustré, voire les deux.

 

Pourtant, ce n’est nullement le goût de la chair qui est en cause ici. Si ces épouvantails peinturlurés, haridelles épuisées à 20 ans à peine, aimaient simplement le don joyeux qu’est le sexe, il faudrait en effet être bien desséché pour leur en faire le reproche.

Mais nulle trace de don ni de joie dans cette fastidieuse mécanique où tout est négocié et qui n’est que la conclusion obligatoire d’une itérative déréliction.

Ce n’est d’ailleurs qu’ivres d’alcool et de drogues qu’elles finissent dans les drapas crasseux d’un crétin quelconque qui aura réglé plus d’additions que son voisin ou dont le profil aperçu entre les vapeurs de fumées leur aura vaguement évoqué celui d’un histrion télévisuel.

Leurs coups de rein sont alors aussi hargneux que leurs achats compulsifs, leurs hululements téléphoniques ou leurs mesquineries de fac et de bureau, hargneux comme autant de revanches sur l’ennui, sur l’absence de perspectives d’existences bornées par une liberté abstraite dont elles ne savent que faire.

Ce pauvre shoot d’abandon et d’oubli, cette giclée hebdomadaire de sueur, de salive et de sperme, leur est indispensable pour donner un semblant de relief et d’intensité à leur quotidien étroit, égoïste et idiot, tout entier soumis à l’aliénation volontaire du salariat urbain et de ses grimaces sociales.

Car elles s’ennuient à longueur de semaines, comme c’est peu imaginable, dans ces formidables « jobs » et autres « études » sensés les avoir merveilleusement « libérées » et dont 98 pour cent sont inutiles, imbéciles et ineptes.

 

22.04.2009

L

La pâleur légèrement sépulcrale de sa peau était irradiée par la nitescence bleutée de ses yeux en amandes qui semblaient toujours plissés de léger plaisir et de douce espièglerie.

Sa bouche généreusement ourlée brillait elle aussi d’un éclat particulier, un reflet humide lui donnant l’aspect délicat d’une colline de grès mauve troublée par la rosée. Les boucles noires impeccablement désordonnées qui encadraient son visage d’ivoire se perdaient aux commissures de lèvres que ne quittait jamais une esquisse de sourire avenant et mutin découvrant l’alignement idéal de dents de nacre resplendissantes.

Bref, elle avait une parfaite tête de pute.

 

La vie

Hier encore tout allait bien

Petite musique du quotidien

Mais la vraie vie a débarqué

Sous la casquette d’un policier

 

Un monde qui semble s’écrouler

Des horizons soudain bouchés

Et l’injustice qui tend les bras

Avide du baiser de Judas

 

Mais les cœurs sont plus vaillants

Que ne l’espèrent les médisants

Et dans l’épreuve seront testées

Les vraies richesses de l’amitié

 

Avec le Christ comme secours,

A ses côtés un grand amour,

Celui qui pourrait vaciller

Voit la lumière se  dessiner

 

Et quand le gué sera franchi

Malgré un corps encore meurtri

C’est l’honneur qui triomphera

De la bassesse et des coups bas.

14.04.2009

La base

Jusqu'à hier, il m'arrivait souvent, effaré, presque hagard, d'essayer de trouver la source de l'acharnement à nier le réel, du refus absolu de tout bon sens et de l'espèce de virtualité de la pensée qui caractérisent la gauche occidentale post-moderne.

Cette recherche n'était en fait que le produit de mon inculture car cette source est en fait connue. Elle tient toute entière dans une phrase du maître à pensée et figure tutélaire de la gauche: le brave Rousseau.

 

"Commençons donc par écarter tous les faits"

(Second discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes)

Tout est là. Tout est dit. Tout découle de là. La gauche progressiste peut être intégralement résumée par cet incipit de son penseur favori.

02.04.2009

L'étudiant étudiant

Voir un étudiant travailler est un spectacle des plus étonnants… Arrivant à 10h15 à sa place d’étude, il est plein de fougue et de motivation jusqu’à 10h37, heure de sa première pause « contemplation de téléphone portable et envoi de SMS ». Cette opération lui ayant pris un bon quart d’heure, il reprend la plume quelques instants avant de ressentir la faim le tenailler. S’étant levé en retard, il n’a bien sûr pas eu le temps de déjeuner…

Il quitte alors la salle d’un pas déjà traînant, se grattant négligemment la fesse droite avant d’ajuster les écouteurs de son Ipod.

On le reverra réapparaître à 14h30, un sac de MacDo vide à la main.

Pour éviter la somnolence qui suit souvent la bombance hamburgerienne, l’étudiant se lancera alors dans l’opération « photocopies » qui consiste à reproduire la quasi intégralité de divers ouvrages avant d’enfourner l’impressionnante masse de feuilles de papiers dans son sac de cuir, entre son paquet de tabac à rouler et son magazine de skate.

Epuisé par cet effort, l’étudiant s’octroie alors une nouvelle pause café puis revient vers 16h et se met à lire l’Equipe.

Ragaillardi par cette  saine et roborative lecture, il empoigne vigoureusement quelques unes des photocopies évoquées plus haut et s’efforce de les peindre en totalité grâce à ses  « stabilos » de diverses couleurs.

Admirant son chef œuvre et considérant son travail ainsi fort bien avancé, il s’autorise quelques dizaines de minutes de sieste, le visage écrasé contre son tas de feuilles multicolores.

Réveillé par une nouvelle vague de SMS, il range alors hâtivement ses affaires et sort de la salle.

Durant tout son temps de présence, sa bouche ne sera jamais resté un seul instant vide, l’étudiant engouffrant sans discontinué diverses friandises, chwin-gum, sucettes et autres objets indéfinis.

L’étudiant est un ruminant, il faut le savoir.

C’est aussi l’avenir de la France.

 

Aveugle et sourd

Au passage d’une famille d’allure classique et proprette, un ami trentenaire, célibataire, fêtard, dromomane sexuel et  toxicomane d’occasions m’explique qu’il craint de ne « jamais parvenir à rentrer dans la norme ».

Je suis abasourdi qu’il ne se rende  pas compte qu’à Paris, en 2009, c’est justement lui « la norme », et non le modèle familial traditionnel qui n’était déjà même plus tout à fait "la norme"de la génération de ses parents à Charentilly sur Indre.

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