31.08.2009

Vie parisienne

-         « Bonjour Mesdames et Messieurs… J’ai 35 ans, je suis séropositive, enceinte et à la rue. Comme vous l’imaginez c’est très dur pour moi alors si vous pouvez m’aider d’une petite pièce ou d’un ticket restaurant, je vous en remercie. Ceux qui ne peuvent rien me donner, peuvent toutefois me faire un sourire. Et ceux qui ne me font pas de sourire, je leurs mets la gueule en sang et je leur file mon sida… »

28.08.2009

Mobilisation!

Nos amis les cathos tradis (qui semblent avoir définitivement décidés d’inverser la hiérarchie des deux termes), ces êtres de lumière destinés à guider le monde, se sont trouvés, après Hellfest, un nouveau cheval de bataille d’une redoutable pertinence et d’une indiscutable urgence : l’opposition à l’inscription d’Ovide au programme de latin de terminale.

 

J’aurais, pour ma part, quelques récits assez savoureux à faire sur « l’art d’aimer » de jeunes filles abonnées au Bon Pasteur ou mariées à Saint Nic mais la grande pudeur qui me caractérise me l’interdit bien évidemment.

 

Alors luttons avec force et détermination contre cet inacceptable outrage à la morale et aux bonnes moeurs qui mène tout droit notre belle jeunesse au vice et à la perdition !

Ovide, Rocco Siffredi, même combat !

 

Sucer dans les chiottes, d’accord, mais avec une petite croix autour du cou, pas avec un auteur païen sur la table de nuit !

Cela change tout, vous en conviendrez avec moi.

25.08.2009

Les érudits m'emmerdent

J’apprécie beaucoup plus de me « promener » que de « visiter » au sens névrotique et obsessionnel que donnent à ce terme les étudiants en histoire de l’art et autres futurs agrégés de matières diverses mais classiques.

Autant l’atmosphère et l’histoire d’une ville me passionnent, autant l’interminable généalogie de la moindre moulure et l’exégèse componctieuse du plus petit tas de cailloux me poussent à des extrémités d’ennui et d’exaspération qui me font parfois frôler l’impolitesse.

Il me suffit de me rendre à Rome avec un architecte ou à Vaux-le-Vicomte avec un agrégatif pour savoir que je ne suis nullement et que je ne serais jamais un intellectuel.

Là où j’ai besoin de sentir, ils ne peuvent s’empêcher d’expliquer.

Même si je peux bien sûr comprendre leur frénésie à rentabiliser les innombrables heures passées en  bibliothèque par un étalage agressif de leur savoir universitaire, je regrette malgré tout que la sécheresse de leur régurgitation livresque ne fasse aucune place à ces soubresauts humains qui font le sel de la culture : l’humour, la distance, la sensualité, l’ivresse.

Mais peut-être est-il définitivement interdit de rire au Louvre ou à Epidaure.

 

Je les considère comme des cuistres,  ils me voient comme un beauf et nous nous séparons d’un commun mépris à 21 heures quand ils doivent regagner leur hôtel pour ne pas manquer l’ouverture à 6h30 du musée du peigne maritale tandis que je me dirige vers des estaminets où de pauvres gens n’ayant pas bac plus 8 m’apporteront sur leur cité et leur patrimoine un éclairage et des anecdotes que je ne pourrais pas trouver dans la première encyclopédie venue, encyclopédie qui remplace si avantageusement l’incessante péroraison des baudruches diplômées à lunettes rectangulaires.

Mais qui sont ces gens?

Est-il encore possible de converser plus de 15 minutes avec un individu de sexe apparemment masculin sans que soient évoqués la coupe des Levi’s 501, des « bons plans Ray-ban » ou des adresses de sites de ventes promotionnelles de divers chiffons ?

Il n'y a pas que des mauvaises nouvelles...

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/medias/multimed...

20.08.2009

Dernière volonté

Une mère

Entourée des cris de joie de l’enfant top longtemps privé de plage, elle entra dans l’eau, grimaçant sous l’effet des morsures aquatiques presque glacées.
Son corps diaphane et osseux frissonnait à chaque pas mais il lui fallut bientôt courir et se jeter dans les flots car l’enfant, égaré dans son monde autistique, était déjà parti au loin, à la poursuite d’une virevoltante chimère.
Au bord, les mains chargées de cailloux et de coquillages, la petite sœur trépignait, réclamant elle aussi l’attention de sa maman qui, écartelée entre les rires désordonnés de l’un et les appels inquiets de l’autre, sembla un bref instant chercher quelque part sur la longue bande de sable l’ombre d’un père absent. Mais ses lèvres, fines et pincées, ne furent même pas troublées d’une moue qui aurait pu ressembler à une plainte. Au contraire, elles dessinèrent bientôt un vaste sourire ; un sourire sans excessive chaleur mais ferme et décidé. Le sourire de la volonté et du devoir.
On se demande parfois à quoi pouvait bien ressembler une Sainte au quotidien.
Aujourd’hui en tout cas, elle ressemble sans doute à une jeune femme à la peau trop claire et au regard farouche tenant par la main deux gamins turbulents et réjouis.

18.08.2009

Progrès

Les similis machos tendance porno-beauf en rêvaient, le féminisme l’a fait.

Désormais émancipées des oppressions obscurantistes de la pudeur et de la retenue, toute jeune fille peut librement finir sa soirée en dansant comme une gogo autour d’une barre métallique sous les applaudissements et les rires glapissants de ses copines qui prendront d’ailleurs bientôt sa place, rivalisant de postures obscènes afin de bien faire la démonstration de leur expérience en la matière et de leur grande coolitude délicieusement délurée.

Et notre ami le porno-beauf d’être ravi, n’ayant même plus besoin de payer l’entrée du strip-club. Il lui suffit maintenant de se rendre à un mariage et d’y reluquer les sœurs et les petites cousines des époux.

Pour consommer bien sûr, c’est une autre affaire. On reste là sur des valeurs plus traditionnelles :

-         « Vous êtes diplomate vous ? »

17.08.2009

Quand être trempé sous l'orage est un pur moment de bonheur

La France reste belle, malgré tous les outrages, surtout dans ses contrées encore miraculeusement préservées de la plupart des miasmes de la post-modernité. Elle devient même magnifique lorsqu’elle est visitée d’un cœur régénéré par la riante chaleur de l’amitié.

Chaque kilomètre est alors une perfusion d’enthousiasme, un joyeux bras d’honneur adressé à l’accablement écoeuré qui constitue l’inéluctable toile de fond de l’existence des êtres doués de quelques bribes de lucidité et de raison.

Et l’on se surprend à rêver que le voyage, jadis détesté, se révèle cette fois sans fin, que cette route débouche sur d’autres routes menant à d’autres étapes, jamais à une arrivée.

Et vider d’innombrables verres qui ne sont plus l’alcool blanc et glacial de l’amertume et de l’impuissance mais le vin charnel de la joie et du partage. Bruyante communion païenne entre catholiques.

Sur nos corps devenus lisses, lustrés par la confiance en notre humble mais indestructible force collective, la vilénie du monde n’a plus de prise, elle glisse misérablement et se répand sur le sol, pour enfin disparaître dans la noirceur des égouts, entraînée par la puissance purificatrice de cette pluie orageuse venue renouveler le baptême de ces quelques cœurs avides de servir et d’aimer.

Monsieur B.

Ses yeux si vastes, en permanence écarquillés, comme mus par une insatiable avidité, semblent des portes ouvertes sur des territoires inconnus. Ils séduisent et inquiètent, brillent trop pour que leur incandescence n’ait pas altéré la tranquille banalité des convenances et des normes sociales.

Son discours est une improbable mélopée, immense récit ésotérique où l’érudition le dispute à l’exaltation, où la précision descriptive nourrit le délire interprétatif.

Une culture foisonnante et encyclopédique mise au service d’une folie radieuse.

On ne comprend que la moitié, on ne retient qu’un tiers, mais on écoute, fasciné et heureux, cette irruption désordonnée du brillant et du merveilleux au cœur de l’époque la plus grise que l’histoire ait portée.

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