15.09.2009

6e étage

Parfois il pleut.

La chambre s’emplit alors d’une musique entêtante.

Les gouttes kamikazes s’écrasant joyeusement sur le vasistas composent une mélodie immuablement monotone qui fascine autant qu’elle irrite.

En tout cas, on est content d’être à l’abri. Ce sentiment doux et précieux de sécurité et de confort face à l’implacable indifférence des éléments fait oublier l’exiguïté du lieu, son désordre et l’inquiétante invasion poussiéreuse. On a un toit et c’est déjà pas mal.

Allongé sur un matelas posé à même le sol, entouré de livres trop bien écrits pour ne pas être déprimants, on fume avidement une gauloise brune. L’antépénultième se promet-on une nouvelle fois.

Mais fumer est agréable, donne une contenance à l’aboulie.

Il faudrait pourtant sortir, tenter des choses, faire semblant d’être cool et normal. Partir à la recherche de cette fille dont la présentation ferait tant plaisir à papa et maman. Au moins aussi plaisir que l’exhibition des précédentes, putes mythomanes et bienheureuses idiotes comprises. Enfin gagner quelques mois de tranquillité familiale quoi…

Mais on reste là, les yeux fixés sur l’ampoule nue qui pend au milieu du plafond. Comme le violeur cinglé dans un vieil épisode de Starsky et Hutch… On ricane à cette évocation, on tousse un peu.

On voudrait bien se branler mais on ne trouve pas cela très classe. Alors on tend la main pour atteindre la bouteille de vodka.

La vodka pure, c’est vraiment dégueulasse. Dommage que le jus de pomme bio soit si éloigné du matelas.

On grimace donc et on secoue la tête comme pour répartir équitablement l’attaque alcoolique dans toutes les zones du cerveau.

On se voudrait malheureux mais on ne l’est même pas, juste une immense lassitude.

On n’est pas loin d’être un pauvre con. Pas loin du tout même.

 

 

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