29.10.2009

Interlude

La chaleur s’alliait maintenant à la fatigue pour écraser les derniers kilomètres de la marche.

Frederico avait ôté son t-shirt afin de faire admirer sa musculature travaillée à la salle de sports mais son exhibition n’eut guère de succès, les regards de la petite troupe étant plus préoccupés de surprendre d’hypothétiques champignons sur les bas côtés du chemin.

Les enfants courraient devant et semblaient ne jamais devoir être épuisés.

François, lui, commençait à sérieusement tirer la langue mais il tentait de masquer ses difficultés par un bavardage permanent placé sous les auspices de Vincenot et du nécessaire retour à la terre. En attendant ce salutaire sursaut néo-rural, il crachait salement ses cigarettes et ses vodkas-campari.

Le colonel fermait la marche, piquant à intervalles réguliers les fesses de sa belle-sœur avec son bâton de marche pour que le rythme de l’ascension ne fléchisse pas trop.

L’objectif, ce majestueux calvaire planté au milieu de la rocaille et des crottes de pottocks séchées, apparut à la sortie d’un lacet du sentier.

Les sourires s’épanouirent un peu plus et l’on pressa le pas. La saucisse sèche et les fromages de brebis commençaient à danser au fond des sacs.

On atteignit bientôt, à quelques mètres de la croix gigantesque régnant sur le lieu, une zone herbacée épargnée par les déjections animales et le signal du déjeuner fut donné. Certains s’effondrèrent dans de grands soupirs de soulagement tandis que d’autres proposèrent, pour la forme, de « pousser un peu plus loin » avant de s’asseoir à leur tour sous les lazzis et les fulminations des premiers.

Une bouteille fut débouchée, le repas pouvait commencer.

On n’avait pas accompli un extraordinaire exploit sportif, les conversations n’allaient pas révolutionner la philosophie occidentale, on ne prenait pas de photos travaillées et artistiquement floues pour nourrir un blog, on ne voulait rien expliquer, rien démontrer… Assis sur des cailloux arasés par le vent, au milieu de l’immensité montagneuse, on mâchouillait des sandwichs en regardant les visages d’êtres aimés.

Etre simplement bien, quel curieux sentiment…

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