30.10.2009
Un jour je vis le sang couler de toutes parts
Un jour je vis le sang couler de toutes parts ;
Un immense massacre était dans l'ombre épars ;
Et l'on tuait. Pourquoi ? Pour tuer. Ô misère !
Voyant cela, je crus qu'il était nécessaire
Que quelqu'un élevât la voix, et je parlai.
Je dis que Montrevel et Bâville et Harlay
N'étaient point de ce siècle, et qu'en des jours de trouble
Par la noirceur de tous l'obscurité redouble ;
J'affirmai qu'il est bon d'examiner un peu
Avant de dire En joue et de commander Feu !
Car épargner les fous, même les téméraires,
A ceux qu'on a vaincus montrer qu'on est leurs frères,
Est juste et sage ; il faut s'entendre, il faut s'unir ;
Je rappelai qu'un Dieu nous voit, que l'avenir,
Sombre lorsqu'on se hait, s'éclaire quand on s'aime,
Et que le malheur croit pour celui qui le sème ;
Je déclarai qu'on peut tout calmer par degrés ;
Que des assassinats ne sont point réparés
Par un crime nouveau que sur l'autre on enfonce ;
Qu'on ne fait pas au meurtre une bonne réponse
En mitraillant des tas de femmes et d'enfants ;
Que changer en bourreaux des soldats triomphants,
C'est leur faire une gloire où la honte surnage ;
Et, pensif, je me mis en travers du carnage.
Triste, n'approuvant pas la grandeur du linceul,
Estimant que la peine est au coupable seul,
Pensant qu'il ne faut point, hélas ! jeter le crime
De quelques-uns sur tous, et punir par l'abîme
Paris, un peuple, un monde, su hasard châtié,
Je dis : Faites justice, oui, mais ayez pitié !
Alors je fus l'objet de la haine publique.
L'église m'a lancé l'anathème biblique,
Les rois l'expulsion, les passants des cailloux ;
Quiconque a de la boue en a jeté ; les loups,
Les chiens, ont aboyé derrière moi ; la foule
M'a hué presque autant qu'un tyran qui s'écroule ;
On m'a montré le poing dans la rue ; et j'ai dû
Voir plus d'un vieil ami m'éviter éperdu.
Les tueurs souriants et les viveurs féroces,
Ceux qui d'un tombereau font suivre leurs carrosses,
Les danseurs d'autrefois, égorgeurs d'à présent,
Ceux qui boivent du vin de Champagne et du sang,
Ceux qui sont élégants tout en étant farouches,
Les Haynau, les Tavanne, ayant d'étranges mouches,
Noires, que le charnier connaît, sur leur bâton,
Les improvisateurs des feux de peloton,
Le juge Lynch, le roi Bomba, Mingrat le prêtre,
M'ont crié : Meurtrier ! et Judas m'a dit : Traître !
Victor Hugo
15:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Rimini
15:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Misère du défoulement
A chaque fois que quelqu’un poste un « commentaire » sur internet, il devrait se demander s’il emploierait les mêmes termes et le même ton en face de la personne à laquelle il s’adresse ou, pire encore, dont il parle sans qu’elle soit même présente.
Il me semble en effet inutile d’ajouter la lâcheté au triptyque de la bêtise, de la hargne et de la méchanceté.
Mais il est vrai que les français ont toujours eu une appétence particulière pour la délation et l’invective anonymes.
Les matamores du clavier, dernière espèce tragi-comique de la comédie humaine.
15:37 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Droite?
13:57 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le chemin
95 pour cent des gens qui s'affirment catholiques ne le sont pas. Au début on s'en étonne, mais finalement c'est assez logique car s'ils l'étaient vraiment, les autres s'en rendraient compte sans qu'ils aient besoin d'en faire la publicité.
13:39 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.10.2009
Une semaine de phrases à la con
- « T’as un regard vachement intrusif, j’ai l’impression que tu me dissèques, presque que tu me violes… »
- « Y’a un moment, tu dois borner ta négativité, sinon on va pas s’en sortir ! »
- « Critiquer la télé, c’est facile. T’as qu’à faire ta propre chaîne de télé ! »
- « Tu serais pas aussi facho, on pourrait croire que t’es de gauche. »
- « Le théâtre c’est bien, mais c’est artificiel. »
15:01 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Interlude
La chaleur s’alliait maintenant à la fatigue pour écraser les derniers kilomètres de la marche.
Frederico avait ôté son t-shirt afin de faire admirer sa musculature travaillée à la salle de sports mais son exhibition n’eut guère de succès, les regards de la petite troupe étant plus préoccupés de surprendre d’hypothétiques champignons sur les bas côtés du chemin.
Les enfants courraient devant et semblaient ne jamais devoir être épuisés.
François, lui, commençait à sérieusement tirer la langue mais il tentait de masquer ses difficultés par un bavardage permanent placé sous les auspices de Vincenot et du nécessaire retour à la terre. En attendant ce salutaire sursaut néo-rural, il crachait salement ses cigarettes et ses vodkas-campari.
Le colonel fermait la marche, piquant à intervalles réguliers les fesses de sa belle-sœur avec son bâton de marche pour que le rythme de l’ascension ne fléchisse pas trop.
L’objectif, ce majestueux calvaire planté au milieu de la rocaille et des crottes de pottocks séchées, apparut à la sortie d’un lacet du sentier.
Les sourires s’épanouirent un peu plus et l’on pressa le pas. La saucisse sèche et les fromages de brebis commençaient à danser au fond des sacs.
On atteignit bientôt, à quelques mètres de la croix gigantesque régnant sur le lieu, une zone herbacée épargnée par les déjections animales et le signal du déjeuner fut donné. Certains s’effondrèrent dans de grands soupirs de soulagement tandis que d’autres proposèrent, pour la forme, de « pousser un peu plus loin » avant de s’asseoir à leur tour sous les lazzis et les fulminations des premiers.
Une bouteille fut débouchée, le repas pouvait commencer.
On n’avait pas accompli un extraordinaire exploit sportif, les conversations n’allaient pas révolutionner la philosophie occidentale, on ne prenait pas de photos travaillées et artistiquement floues pour nourrir un blog, on ne voulait rien expliquer, rien démontrer… Assis sur des cailloux arasés par le vent, au milieu de l’immensité montagneuse, on mâchouillait des sandwichs en regardant les visages d’êtres aimés.
Etre simplement bien, quel curieux sentiment…
09:58 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Fin de soirée
- « Comme dit l’autre « J’ai une tête d’anarchiste mais un cœur de légionnaire » »
- « Si tu veux mon avis, t’as surtout une tête de con. »
- « C’est dur ce que tu me dis là. »
- « Oui, mais c’est pas faux. »
- « C’est dur quand même. »
- « Ben, ça m’empêche pas de te payer un verre. »
- « Alors ça va. »
09:38 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.10.2009
Conversation amoureuse 2.0
- « Aïe ! »
- « Quoi ? »
- « Ben tu me fais mal ! »
- « Mal ? »
- « Ben oui… »
- « Ha bon… ? comment ? »
- « Je sais pas… Je suis peut-être un peu sèche… »
- « Pourquoi t’es sèche ? »
- « Ben ça arrive… »
- « T’as pas envie ? »
- « Si… C’est pas ça… »
- « Ben c’est quoi ? »
- « Ca arrive je te dis… »
- « On arrête ? »
- « Mais non ! T’as pas du gel ? »
- « Pardon ? »
- « Du gel… »
- « Heu non… »
- « Ben autre chose... je sais pas... de l’huile… »
- « C’est une blague ? »
- « Olala mon pauvre, t’es vraiment pas dégourdi… »
16:15 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2009
Dix de der
François aimait beaucoup jouer aux cartes. Mais cela le rendait méchant. Odieux même. Il aurait insulté sa propre mère si celle-ci avait mal compté les atouts ou relancé hasardeusement.
De ses années lycéennes et estudiantines, il avait tiré la certitude d’être un bon joueur de cartes, simplement parce que ses camarades, effrayés par ses colères furieuses et irrationnelles, avait pris l’habitude de le laisser gagner. Depuis lors, son orgueil sourcilleux ne supportait plus que quiconque remette en cause ses talents d’escrimeur du tapis vert, un peu comme ces autres connards qui entrent littérallement en transe lorsque l’on ose critiquer leur façon de conduire.
D’un naturel discret voir effacé, François perdait tout sens de la bienséance et de la mesure quand il s’agissait des cartes. A trop avoir hurlé que ses adversaires avaient « une veine de cocus », il s’était attiré l’animosité de la plupart des compagnes de ses amis et n’était désormais plus guère invité que chez les autres célibataires. Il s’en foutait d’ailleurs royalement, y voyant plutôt la confirmation de ses suppositions.
François méprisait le poker, mode de beaufards américanisés, vénérait la belote, jeu populaire et réjouissant, et jouait au whist, parce qu’il trouvait cela délicieusement suranné.
Seul problème, le milieu des amateurs de whist s’accommodait mal de ses accès d’hystérie et des tombereaux d’injures qu’il déversait ordinairement sur partenaires et adversaires.
Peu à peu, François avait donc mis au point une méthode pour jouer seul au whist.
Assis au fond d’un café de la rue Monge, il passait ainsi des heures en des parties endiablées contre lui-même. Se connaissant fort bien, la compétition était particulièrement acharnée, les invectives qui la ponctuaient effroyablement blessantes.
On le prenait pour un fou, parfois pour un artiste et une chaîne de télévision locale avait même voulu faire un « reportage » sur lui car il était devenu un « personnage » du quartier.
Alors François avait pris ses cartes et son imper de marine et s’en était allé dans un autre café, plus discret et plus miteux, afin qu’on le laisse jouer en paix.
18:29 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



