04.11.2009

Voyeur

Un demi corps surgissant d’une fenêtre, des bras qui se déploient pour saisir les planches de bois ou les éventails métalliques qui vont bientôt isoler cette silhouette du reste du monde… j’aime regarder les gens qui ferment leurs volets.

Derrière ces persiennes closes, j’imagine sottement une cheminée chargée de bûches incandescentes. Devant elle, deux enfants jouent aux dominos sur un épais tapis de laine tandis que Papa lit le journal en le commentant et que Maman, s’escrimant sur son tricot, sourit des énervements de son mari.

Je sais bien que cette vision n’est pas seulement niaise et grotesque mais qu’elle est aussi odieuse, dégradante, réactionnaire et inadmissible.

Je sais bien qu’une femme est incomparablement plus libre, plus épanouie et plus digne derrière un écran d’ordinateur à consulter son blog  et son compte meetic ou derrière un bar à vider des mojitos à 2 heures du matin que dans une cuisine derrière des casseroles fumantes ou dans un parc derrière une poussette.

Je sais aussi qu’un homme ne peut être satisfait que s’il est stimulé par les sonneries de ses trois téléphones portables, travaillé par l’ambition et l’envie et persuadé de mériter beaucoup plus et mieux que ce qu’il a.

Je sais enfin que les enfants ne jouent plus aux dominos, que les garçons massacrent au lance-flammes des extra-terrestres sur console vidéo et que les petites filles se maquillent pour leurs soirées karaoké spécial Britney Spears.

 

Je sais tout cela.  Il n’empêche. J’aime regarder les gens qui ferment leurs volets et imaginer autre chose que ce qui est.

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