26.11.2009
Pourrir dans un coin
Jamais le bocal ne lui avait semblé si minuscule, et se cogner régulièrement et violemment contre ses parois ne l’amusait même plus.
Les graines de nourriture délaissées dérivaient piteusement dans l’eau légèrement troublée par leur progressive décomposition.
Tout puait l’algue synthétique.
Il avait compris depuis bien longtemps que les visages aux sourires disloqués par le prisme du verre qui se collaient presque aux frontières de sa prison ne l’invitaient pas à les rejoindre mais se moquaient de lui et se plaisaient à le torturer.
Néanmoins, il voulait trouver au tréfonds de son corps las l’ultime force de se projeter à l’extérieur du bocal. Une fois tombé sur le sol, il profiterait des soubresauts de ses dernières secondes d’existence pour glisser sous un meuble d’où il pourrait empuantir des vapeurs de sa putréfaction cette grande pièce trop bien rangée où vivaient des ombres cruelles qui se réunissaient parfois en silence devant une boite lumineuse et bruyante qui ne s’éteignait jamais.
15:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Nouveaux monstres
François avait senti naître les plus grandes, et les plus légitimes, craintes quant à la tranquillité de son week-end familial lorsque, au bout du fil, son beau frère lui avait annoncé d’une voix enjouée :
- « Tu vas voir comme ton neveu a changé ! Il développe une belle personnalité… »
« Une belle personnalité »… François savait pertinemment ce que recouvrait une telle ridicule expression appliquée à un enfant de 2 ans. Un peu comme ces jeunes femmes qui pensent qu’être une salope se dit « avoir un caractère fort et complexe », l’expression annonçait un gosse capricieux, colérique et incontrôlable devant lequel il faudrait s’esbaudir pour ne pas risquer de compromettre le « projet éducatif » de parents aux yeux creusés et aux traits tirés par le grand bonheur d’accompagner le « développement » d’une si belle personnalité.
François devait donc maintenant trouver une habile justification pour annuler sa venue.
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Parce que l'on ne peut plus regarder "La fille du puisatier"
Il me semble presque trembler et j’essuie le plus discrètement possible une larme à la sincérité un peu ridicule. Mais est-ce le film qui étreint encore mon cœur comme au premier visionnage ou bien les bâillements ennuyés que j’entends et la vue des visages accablés qui m’entourent ?
Certes ils sont plus jeunes que moi mais parlent, comme moi, d’identité, de mémoire, de filiation, de culture, d’héritage… Mais ces mots n’ont plus le même sens dans leur bouche et dans la mienne.
Ce film ne leur dit plus rien, ne leur évoque rien, les « barbent » même au plus haut point. Les sentiments évoqués leurs paraissent grotesques, le monde représenté aussi lointain qu’un bas moyen âge, le jeu des acteurs caricatural, la narration trop lente, le nœud dramatique dérisoire…
Pour moi, ce long-métrage incarne très exactement tout ce que le mot « français » peut signifier… Un peu comme « La Grande illusion » fut si longtemps, avant le grand chaos de la déculturation télévisuelle et de la submersion migratoire, l’incarnation archétypale de cette « identité française » dont on nous rebat les oreilles à l’occasion d’un pseudo « débat » qui prend des allures d’autopsie…
Ces jeunes gens s’ennuient à mourir devant un film qui me remue les tripes.
A quoi bon continuer à leur parler ?
Ils ne sont pas de mon monde. Et tant mieux pour eux. Car le mien est mort.
10:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Repos
Si, au quotidien, certaines personnes s’abstiennent encore de faire le Mal ce n’est pas tant, bien souvent, par dégoût et rejet de celui-ci que par simple paresse car le Mal réclame, pour être vraiment efficace, plus d’efforts, plus d’ingéniosité, davantage de compositions et d’artifices souvent complexes et fatigants… Préventivement épuisés par ces perspectives, certains s’abandonnent alors plutôt à une passivité flasque qui si elle n’est évidemment pas le Bien, représente une sorte d’absence de mal qui finira bientôt par être hautement précieuse et louable tant le sadisme pervers et activiste s’est emparé du monde.
10:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.11.2009
RAS
Au-delà de toute considération morale, cette époque est affligeante par son absence totale de surprise. Soirées, conversations, lectures, rencontres… tout y est attendu, convenu, connu, prévisible.
Pourtant on aimerait bien, par exemple, rien qu’une fois, qu’un homme de quarante ans quitte son épouse non pas pour une nouvelle compagne de 15 ans sa cadette mais une de 10 ans son aînée.
Mais non, bien sûr, toujours simplement le prurit de l’ego et de la braguette.
On aimerait bien aussi, parfois, voir un « film social » évoquant le drame du petit Eric, agressé et humilié quotidiennement sur le chemin de l’école par des racailles sadiques et ricanantes.
Mais non, toujours les affres de Djamila ou Mamadou, victimes perpétuelles de l’hideuse nation raciste qu’est la France, de sa police gestapiste, de ses employeurs discriminants et de ses beaufs alcooliques et xénophobes.
On se ravirait aussi d’entendre, un jour, une jeune femme dire qu’elle tient au droit à l’avortement mais que le génocide annuel de 260 000 fœtus pose néanmoins un certain nombre de problèmes, tant éthiques que sociétaux, sur lesquels il ne serait pas absurde ou criminel de se pencher calmement.
Mais non, toujours les éructations hystériques, les crachats de hargne à base de « Mon corps m’appartient ! » et de « Les hommes n’ont pas leur mot à dire sur ce sujet ! ».
On serait heureux également de croiser une jeune fille qui l’est restée sans faire de sa situation un complexe ou, à contrario, un étendard.
Mais non, toujours des fausses vierges donneuses de leçons, de vraies traînées ou des pucelles douloureuses et obsédées par ce qu’elles prennent pour un glorieux et infiniment méritoire sacerdoce.
On se pâmerait de surprise (et de joie !) si l’on croisait un « fana mili » ayant fait une vraie et belle carrière militaire, un lecteur de Bloy qui va tous les jours à la messe, un « réac » qui ne connaisse pas par leurs prénoms les « héros » de Secret story, une fille capable de dire du bien d’une autre plus jolie qu’elle, un jeune homme sachant dire non à une sollicitation sexuelle, des trentenaires attablés ne commentant pas les séries télévisées, une mère multi-divorcée qui admette n’être pas, malgré tout, « une super maman ».
Mais non.
17:55 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.11.2009
Danger
La raison pour laquelle le téléphone portable est devenu un appendice aussi indispensable à l’homme moderne est tout simplement que l’individu dépourvu de cet appareil se trouve grandement menacé par le fascisme.
Exigence de ponctualité, nécessité de respecter les rendez-vous et les convenances, obligation d’un minimum de prévoyance et d’organisation pour ne pas se retrouver au bas d’un immeuble sans le digicode ou à la gare sans l’heure d’arrivée du train…. toute l’horreur d’un monde d’ordre, étriqué et carcéral, est là, angoissante épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête des hommes à la liberté préservée par leur abonnement SFR 36 mois.
11:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.11.2009
Le syndrome statistique
L’abyssale médiocrité des prétentieux se mesure assez bien dans cette recherche effrénée de l’approbation et de la confirmation par la « masse » -qu’ils sont pourtant sensés mépriser- des insignes qualités qu’ils s’attribuent.
Je suis belle « parce que » 350 blaireaux veulent me sauter et m’abreuvent de courriels à sous-entendus copulatoires.
J’écris avec talent « parce que » 500 semi illettrés me lisent quotidiennement.
Je suis « rebelle » parce quelques dizaines de geeks mongoloïdes m’accablent de menaces et d’injures.
Mes analyses sont pertinentes « parce qu’elles » sont reprises sur dix blogs qui ne savent pas comment meubler leurs mises à jour.
Je suis non-conformiste « parce que » j’écris chaque jour de longs billets dénonçant avec ironie et finesse les mécanismes et les représentations du « politiquement correct » contre lequel je ne me suis jamais concrètement engagé dans la vie réelle.
Je suis sulfureuse « parce que », entre deux considérations hautement philosophiques, la photo semi floutée de ma cuisse gauche suscite l’émoi baveux d’une armée de puceaux et de frustrés.
Je suis admiré « parce que » je suis référencé sur 120 sites entre « Petit lapin bleuté » et « Réflexions génocidaires sur le monde qu’est trop pourri ».
Je suis quelqu’un « parce que » je génère des « clics ».
Et ça c’est cool.
11:22 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.11.2009
Génocide
Qui rendra des comptes pour toutes les jeunes femmes ravagées, détruites, assassinées à coups de "Psychologie Magazine"?
15:13 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.11.2009
Bouffarde
- « Tu fumes la pipe maintenant ? »
- « J’essaye. »
- «Ha oui, je comprends. En fait, chez toi, la tabagie est une sorte de quête identitaire… »
- « Voilà, c’est ça. »
- « Ca te fait une drôle de tête… »
- « Plus que d’habitude ? »
- « Un autre genre… Et c’est quoi comme tabac ? »
- « De l’Amsterdamer. »
- « C’est pas un truc d’ado ça ? »
- « C’est sûr que c’est pas aussi viril que les marlboro light… »
- « Marlboro doré ! »
- « Encore mieux. »
09:22 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.11.2009
Une épouse
Adrien, fatigué par une nouvelle journée constituée de cette somme de petites contrariétés qui ne fait pas un gros souci mais qui finit par mettre lentement les nerfs à vifs, était assis sur le canapé et pestait contre lui-même.
Il n’avait pas été gentil avec Caroline et détestait cela.
Un mouvement d’humeur, une phrase lâchée comme on donne un coup de pied rageur dans un caillou, des mots auxquels on n’a pas réfléchit mais que l’on sait blessants et qui précédent la pensée pour se précipiter hors d’une bouche un instant laissée hors de la surveillance du cœur.
Bref, une bêtise. Et Adrien n’aimait pas être bête. C’est une chose bien trop commune.
Bien sûr, il aurait pu s’excuser mais il n’avait jamais su le faire. Avec des mots en tout cas.
Caroline, sans dire un mot, s’était retirée dans la cuisine. Pas pour faire la tête, pour « bouder » mais pour préparer le café qu’elle rapporta bientôt sur un grand plateau écarlate et fumant doucement déposé au centre de la table basse jouxtant le canapé.
Elle s’assit ensuite aux côtés de son mari et posa sa tête sur l’imposante épaule d’Adrien qui ne pût retenir un sourire de soulagement, de plaisir, et de fierté d’avoir épousé une femme si remarquable qu’elle lui épargnait même le douloureux abaissement de la reconnaissance de ses fautes. Il saisit la main de Caroline, y déposa un rapide baiser puis se précipita sur sa tasse pour masquer le trouble d’une virilité débordante confrontée à un excessif accès de sensibilité.
Ils burent leur café en échangeant de cruelles moqueries sur les invités de ce soir qui avaient meublés durant plus de deux heures leur intérieur d’un flot ininterrompu de stupidités conformistes et de platitudes satisfaites.
Cela faisait des années que les deux époux étaient là, binôme solitaire perdu au milieu des flots tourmentés mais insipides d’une époque dont ils n’étaient pas vraiment et qu’ils saisissaient de moins en moins bien. Suscitant l’exaspération de certains et l’incompréhension de beaucoup, ils étaient le point fixe d’un paysage trouble et mouvant au sein duquel les êtres vont et viennent au grès de ce qu’ils prennent pour leur « désir » mais qui n’est jamais, au bout du compte, que la recherche perpétuelle de la facilité.
Ne se complaisant dans aucune des mises en scènes qui font le sel des ces collages temporaires, bruyants et égotiques qu’on appelle couples modernes, ils vivaient dans la tranquille certitude de leur foi et de leur promesse, lumineuses clartés renforcées au quotidien par ce sentiment honni des médiocres : l’admiration réciproque.
Leurs jours s’écoulaient en effet dans le souci permanent de ne pas décevoir l’autre, de ne pas trahir l’idée qu’ils se faisaient l’un de l’autre. Cette idée, un peu plus grande qu’eux mêmes, les contraignaient à une constante tension vers le haut.
Ils discutaient beaucoup ensemble mais n’avaient pas pour autant peur du silence, ils ne criaient, ne hurlaient jamais, s’épargnant ces ersatz de passion que sont les drames domestiques.
L’idée de se plaindre à autrui de leur conjoint les aurait gravement insultés et ils réservaient leurs états d’âmes à la confidentielle obscurité de leur chambre à coucher.
Caroline, peut-être encore davantage qu’Adrien, déroutait les regards extérieurs tant elle semblait une somme de contraires qui auraient dû produire un impossible chaos mais avait fait naître une étonnante rigueur.
Folie et bonne éducation, violence et gentillesse, tradition et excentricité, fierté et humilité… tout se mêlait en un improbable équilibre chez cette jeune femme dont les petits yeux myopes et rieurs déstabilisaient les convictions misogynes les plus solidement établies.
Evidemment, elle n’était pas exempte de défauts mais avait cette élégance, exceptionnellement rare de nos jours, de ne pas les cultiver ni de prétendre en faire des objets de fierté.
Les vilénies et les difficultés atteignaient le couple comme elles touchent tous les vivants, menaçant même parfois de les faire vaciller, mais à tout instant l’un pouvait s’appuyer sur l’autre, l’autre compensant un moment la déroute de ses propres forces afin d’atténuer le tangage et éviter le chavirement.
15:48 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


